La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Une technique mixte de Takis
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Amitiés artistiques
Curieux, révolutionnaire, Azagury aime les artistes, nourrissant ses créations des leurs.
Tous en Bretagne, pour découvrir la collection de l’architecte marocain !
Adjugé 16 000 €.
Takis (né en 1925), Télésculpture n° 1, 1963/1972, collage, film plastique, aimants ; engrenages et aiguilles.
80 x 60 x 13 cm.
Mardi 23 mai 2006. Rennes.
Bretagne Enchères SVV. M. Maket.
Deux cow-boys face à face dans une rue déserte écrasée de soleil évoquent assurément plus Il était une fois dans l’Ouest qu’une rencontre artistique. Et pourtant, cette image met en scène Jorge Camacho et Élie Azagury. Le premier est un peintre surréaliste d’origine cubaine, adoubé par André Breton lui-même, le second, un architecte marocain engagé aussi bien dans son art que dans celui des autres. La collection de ce dernier prend le chemin des enchères, reflétant les amitiés et les choix d’un bâtisseur, qui n’imagine pas ses édifices sans oeuvre d’art. Côté architecture, il a travaillé avec Auguste Perret, connu Richard Neutra, Le Corbusier et Alvar Aalto, a étudié aussi bien Ludwig Mies van der Rohe qu’Antonio Gaudí ou Frank Lloyd Wright. Vous l’aurez compris, adepte du métissage, Élie Azagury défend ferme-ment l’architecture moderne. Il aime parler les langages définis par ses illustres prédécesseurs, mais avec un nouvel accent. Son oeuvre, partagée entre commandes publiques et privées, illustre cette grammaire formelle protéiforme, tantôt proche du style international, tantôt brutaliste, d’autres fois attachée au vocabulaire vernaculaire de son pays. Azagury a enrichi sa vision par de nombreux voyages et par la fréquentation assidue de peintres et sculpteurs, ses amis. Il déclare avoir beaucoup appris à leur contact et s’être même ainsi débarrassé d’une certaine raideur dans ses conceptions plastiques. "Avec eux, j’ai aussi appris à mieux rêver et l’absolu a pris parfois les chemins de l’irrationnel", énonce-t-il dans le catalogue de l’exposition que lui a consacrée la maison de l’architecture du Poitou-Charentes l’automne dernier. On ne s’en étonnera pas, César faisait partie des relations privilégiées de l’architecte. Durant les évènements de mai 1968, le nouveau réaliste a résidé trois mois chez Azagury. Ce dernier travaille alors sur un projet important, l’aménagement touristique d’un site situé sur la rive méditerranéenne du Maroc, Cabo Negro. L’architecte étudie du mobilier pour ce vaste complexe, notamment un projet de chaise en plastique. En l’accompagnant chez le fabricant, César a le coup de foudre pour une bouteille publicitaire de Judor, qu’il transforme aussitôt en ready-made. Dans la foulée, le sculpteur réalise une fontaine pour Cabo Negro. Il est aussi l’auteur d’un Hommage à Eiffel pour le hall de la banque du Maroc à Casablanca, un édifice signé Azagury, bien évidemment. Pour la Bank Al Maghreb à Agadir, notre homme fait appel à Bernar Venet, Bernard Quentin et Chaibia. On les retrouve dans la collection de l’architecte proposée à la vente à Rennes. La liste des noms relève d’un Who’s who artistique, puisqu’on y croise aussi bien Takis que Roberto Matta, Gianni Bertini, Mimo Rotella, Wifredo Lam ou Mimi Benoît Parent, pour n’en citer que quelques-uns... Une affaire d’amitié artistique éclectique, en somme.
Sylvain Alliod