La Gazette Drouot
Une laque art déco de Katsu Hamanaka
EN RÉGIONS / La laque réinventée

Alors que l’art déco connaît son apogée, Katsu Hamanaka offre une seconde vie à la laque...
dans une version luxueuse et sous influence grecque

Un décor mythologique inspiré de la Grèce antique, un panneau de laque décoré à la feuille d’or et un artiste japonais. Cet étonnant amalgame est digne de ceux que la période art déco a suscités. La plus belle réussite de ce courant est en effet d’avoir su créer des oeuvres d’une grande modernité, tout en restant fidèle à la tradition artistique. Le renouveau de la technique de la laque dans les années 1920 est, à cet égard, des plus significatifs. Cet art millénaire venu du Japon est remis au goût du jour en France au lendemain de la Première Guerre mondiale, dans un souci de produire des meubles et des objets de luxe, qui nécessitent un savoir-faire précieux. Si la décoratrice irlandaise Eileen Gray utilisait déjà la laque avant 1914, l’arrivée d’artisans vietnamiens en France précipite les événements. Ces derniers ont été appelés dans l’Hexagone et chargés de recouvrir les propulseurs des avions de combat d’une couche protectrice de leur mystérieuse laque. De l’industrie militaire à celle du luxe, le pas sera rapidement franchi au lendemain du conflit. L’un des acteurs majeurs de cette diffusion, Seizo Sugawara, est un Japonais, installé à Paris dès 1900.
Il travaille avec Eileen Gray puis avec Jean Dunand, à qui il révèle tous les secrets de la laque. C’est grâce à son compatriote que Katsu Hamanaka se tournera définitivement vers cette technique à son arrivée dans la capitale française, en 1924, après des études de peinture et de décoration intérieure. Sa réputation attire rapidement l’attention des plus grands créateurs art déco comme Leleu, Dominique ou Ruhlmann, avec qui il ne tarde pas à collaborer. Il travaille aussi bien des meubles que des objets de décoration, à l’image de notre paravent. Cependant, sa production demeure rare et toujours de qualité. Il expose au Salon d’automne et au Salon des artistes décorateurs, où sa grande console noire aux pieds en forme de tête de taureau fera sensation en 1937. Formes pures et géométriques, matériaux de luxe et esthétisme... C’est la combinaison gagnante de Katsu Hamanaka.
Parfaitement intégrés à des intérieurs enfin pensés comme un ensemble indissociable, les paravents connaissent alors une seconde vie. S’ils s’inspirent des arts asiatiques, ils permettent grâce à leur surface parfois très étendue, comme ici avec 3,75 m de longueur sur 2,63 m de hauteur, de déployer des décors très novateurs. Ils se feront ainsi le support idéal pour l’expression de l’imagination d’artistes comme Jean Dunand, Gaston Suisse, Jean-Michel Frank, Edgar Brandt ou encore Jacques Le Chevalier. Laque, métal ou bois, décor géométrique ou figuratif, tous les choix sont envisageables. Hamanaka, quant à lui, a jeté un pont entre la tradition asiatique et l’esthétique moderne occidentale. Sur un support travaillé de multiples couches de laque végétale, il a dessiné un décor inspiré de l’Antiquité grecque, délicatement recouvert d’une fine feuille d’or. Une subtile alliance de matériaux et de couleurs à la gloire de l’art moderne.

laque

Katsu Hamanaka (1895-1982), Combat, ensemble de cinq panneaux en laque formant un décor à la feuille d’or d’une scène de combat entre hommes et taureaux, 263 x 375 cm.

QUAND ?
Samedi 23 avril 2016


OÙ ?
Nice. Hôtel des Ventes Nice Riviéra SVV. M. Grail.

COMBIEN ?
Adjugé : 130 000 euros

La Gazette Drouot n° 15 du vendredi 15 avril 2016- Caroline Legrand


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