La Gazette Drouot
Une toile de Henri Martin - Femme au marché
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En toute sérénité...
Si Henri Martin est célèbre pour ses paysages du Quercy,
il est loin toutefois d’occulter la présence humaine. La preuve par l’image.
Adjugé 69 000 € euros.
Henri Martin (1860-1943), Femme au marché,
huile sur toile, 100 x 60 cm.

Mercredi 22 décembre 2010, salle 15 - Drouot-Richelieu.
Morel SVV. M. Schoeller.
Ne cherchez pas la documentation, vous ne la trouverez pas ! Notre tableau est une “trouvaille”, comme dit l’expert : il n’a jamais été exposé, jamais prêté, n’a jamais figuré dans un ouvrage et, bien sûr, est vierge de tout passage sous le marteau. Ces atouts n’étant heureusement pas les seuls. S’y ajoutent de belles dimensions, une facture souple et onctueuse, un sujet atypique et une palette permettant d’apprécier les talents de coloriste d’Henri Martin. Nous sommes dans les années 1900. L’artiste a quarante ans. Et déjà du métier et des récompenses. Celles-ci ne se sont effectivement pas fait attendre. Présent au Salon des artistes français en 1880 (où il exposera jusqu’en 1939, sans interruption ou presque), il n’a que vingt-trois ans quand la Ville de Paris lui achète, pour deux mille francs, son portrait de Paolo de Malatesta et Francesca di Rimini. Une belle revanche pour ce Toulousain, fils d’ébéniste, placé comme apprenti par son père chez un marchands de draps en gros, dont l’existence se bornait alors à tirer les volets de la boutique, faire les courses, brosser des centaines de pièces de tissu. Avec pour échappée belle les cours du soir des Beaux-Arts, où il dessine avec rage. Avec talent aussi, puisque à dix-sept ans, il est admis à l’École, et décroche deux années plus tard le grand prix de la ville de Toulouse. À la clé : un passeport pour la capitale et une bourse de 1 500 francs. Une carrière académique aux Beaux-Arts parisiens dans la suite de son maître Jean-Paul Laurens s’ouvre à lui, mais, comme l’écrit ce dernier, “Mon brave Martin est un artiste qui a le diable au corps”...
Nous voilà rassurés. On ne sait si le centenaire de la Révolution lui a donné des ailes, toutefois l’année 1889 est-elle marquée par une fresque historique, La Fête de la Fédération, peinte au pointillé de petites touches de couleur, qui fait scandale. Après une idylle de courte durée aux côtés des symbolistes de la Rose-Croix, au cours de laquelle il fredonne sans cesse des airs de Wagner et expose des compositions allégoriques et des portraits de jeunes filles une fleur à la main, le divorce est consommé avec Joseph Péladan. Henri Martin a trouvé sa vraie nature : celle des paysages ensoleillés. Il souhaite depuis longtemps un “point de chute pour l’été”, et a le mal du pays.
Après plusieurs années de recherches entre Tarn et Aveyron, sa quête est récompensée, fin 1899. La bâtisse de ses rêves, avec jardin et tonnelle dominant un panorama qu’il pourra peindre inlassablement, se nomme Marquayrol. Elle surplombe le petit village de Labastide-du-Vert, à un jet de pierre de Cahors. L’accord est parfait entre l’artiste et son sujet.
Au fil d’une abondante production, “Le chantre du Lot” va dévoiler les beautés du Quercy. Et elles ne manquent pas. Évanouies muses et références littéraires, notre homme s’en va donc aux champs et livre, dans une touche virevoltante et saupoudrée de couleurs, d’innombrables vues, sur le village, la vallée et les environs. Toujours sur le motif, chaque matin, de mai à octobre, chevalet, boîtes et parasol sur l’épaule, sabots aux pieds, il capte la belle lumière des “coteaux violets avec des verts tendres et des bleus inouïs”. Mais aussi les variations des heures et des saisons, les heures chaudes sur la terrasse, son élégante balustrade et la pergola, le village voisin, Saint-Cirq-Lapopie, dominant le Lot sur son éperon rocheux, où il achète une maison en 1912. Paysagiste, Martin ne dédaigne pas pour autant la présence humaine. Silhouettes furtives, paysans s’activant à leurs tâches ou portraits serrés dans un cadre végétal illustrent l’accord parfait entre l’homme et la nature – et lui servent de prétexte à mettre en valeur la lumière. Il y a plus vilain comme faire-valoir que notre jeune femme, avec son panier sur la tête, son profil de médaille antique, ses cheveux relevés en chignon, la démarche altière, sa peau savamment éclairée et son vêtement chatoyant.
Ne boudons pas notre plaisir...
Claire Papon
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