La Gazette Drouot
Une huile de Van Dongen
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Dites-le avec un Van Dongen
Un incandescent bouquet fleuri de violets libérés, bientôt proposé à Entzheim,
offre une autre vision de l’art d’un peintre… trop facilement qualifié de mondain.

Estimation : 80 000/100 000 euros.
Kees Van Dongen (1877-1968), Bouquet de fleurs, vers 1910,
huile sur toile, 65 x 53 cm.
Entzheim, dimanche 22 novembre 2009.
Hôtel des ventes des notaires du Bas-Rhin. M. Millet.

Van dongen intègre le Bateau-Lavoir en 1906. «Un homme en salopette bleue, pieds nus dans les sandales, la barbe rouge agrémentée d’une pipe et d’un sourire» : telle est la description qu’en donne Raymond Dorgelès à son arrivée. Le peintre occupe l’appartement en face de l’atelier que Picasso partage avec Fernande Olivier. L’époque est dure, l’homme en conservera toute sa vie une grande émotion. Les tableaux se vendent cent sous – lorsqu’ils trouvent preneur ! Van Dongen se lie d’amitié avec Derain et Vlaminck. Il appartient alors à l’avant-garde picturale. Mais, sa nature indépendante et rebelle va en décider autrement.
Il refuse de se laisser embrigader dans aucune école, préfère un parcours personnel et solitaire – se laissant guider par ce qu’il aime, la vie et la peinture – à la reconnaissance des bien-pensants et autres tenants du savoir. Non, Van Dongen n’épousera ni l’orphisme, ni le cubisme. Il s’en fait même un principe, une sorte de snobisme. Certains, tel Apollinaire, ne lui pardonneront d’ailleurs jamais d’avoir été un temps du bon côté, celui des Vlaminck, Derain, Matisse et Marquet, et de l’avoir quitté. Ils parlent de trahison.
L’histoire de l’art du XXe siècle abonde de ces Saint-Just de papier, qui ont tôt fait de jeter à l’opprobre ceux qui ne suivent pas la noble voie, en l’occurrence celle de l’art moderne...
À partir des années 1913-1914, la peinture de Van Dongen est donc «gracieuse, colorée, un peu sommaire», selon les propos du poète dans ses critiques du Salon. Notre bouquet a beaucoup de chance : daté vers 1910, il est du bon côté de la barrière. Les fleurs ne sont pas le genre favori du peintre, en tout cas rarement un genre à part entière. Elles sont le plus souvent un prétexte décoratif, apparaissant en complément d’un portrait, notamment dans Le Sphinx, célèbre toile de 1925 du musée d’Art moderne de la ville de Paris. Elles sont élégamment disposées sur le chapeau de La Parisienne de Montmartre de 1911, visible au musée André Malraux du Havre, ou dans La vasque fleurie aux côtés d’un nu, également au musée d’Art moderne de la ville de Paris. Ici, le bouquet est bien le sujet principal de la toile, et illustre à merveille les préoccupations coloristes de Van Dongen. Car en ce domaine aussi, le peintre diffère des autres fauves. S’il use d’un trait large et irrégulier, des couleurs violentes, il préfère aux tons francs de ses amis les rompus des violets, verts, orangés et grenats.
Notre toile irradie littéralement de violet, magnifié par des touches orange et le blanc d’une fleur isolée. Un autre détail permet la datation du tableau, le tapis de table sur lequel est posé le vase. Le penchant de Van Dongen pour les étoffes est bien connu, il n’est qu’à regarder le nombre de châles dessinés dans son oeuvre. Or, on retrouve quasiment les mêmes motifs dans deux huiles de 1910 et 1911. Il apparaît pour la première fois sur la robe du magnifique Portrait de Guus (sa première épouse) en bleu, conservé au sein d’une collection particulière, la seconde sur le châle du Portrait d’Ana du Ludwig Museum de Cologne. Sans aucun doute, ce Bouquet de fleurs est une belle découverte, et il est fort à parier que nous ne serons pas seule à avoir un coup de coeur pour lui.
Anne Doridou-Heim
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