La Gazette Drouot
Une toile de Victor Brauner
EN RÉGIONS / Entre rêve et réalité

Victor Brauner nous ouvre les portes d’un monde occulte, univers fantastique peuplé de créatures hybrides.
Entrez sans crainte – ou presque.

Les monstres et les chimères font partie de la vie de Victor Brauner. Déjà tout petit, avec une enfance dans les Carpates bercée de contes fantastiques narrant des histoires de châteaux et de vampires. Très jeune, il fut également initié par son père au spiritisme, une science occulte à laquelle il se livrera plusieurs fois durant sa vie. On comprend que le surréalisme s’imposera à l’artiste dès le début de sa carrière à Bucarest, où il crée avec son ami le poète Ilarie Voronca la fameuse revue dadaïste 75 HP. L’exploration de l’invisible sera récurrente dans sa vie. Victor Brauner rencontre pour la première fois les surréalistes français en 1925, avant de s’installer à Paris cinq ans plus tard. Partageant un atelier avec son compatriote le sculpteur Constantin Brancusi, il a pour voisin Yves Tanguy, l’inséparable acolyte d’André Breton. Mais à la vie de groupe, Victor Brauner préfère la réflexion intime et solitaire. Son univers surréaliste se met en place tout naturellement, où apparaissent des personnages fantomatiques et allégoriques, en perpétuelle transformation, à l’image de l’artiste lui-même. Brauner, ayant perdu un oeil lors d’une bagarre entre ses amis Dominguez et Franès, en 1938, se concentre désormais sur sa «vue intérieure» plus qu’extérieure... Poussé à l’exil lors de l’occupation allemande, il part en juin 1940 vivre à Perpignan, accompagné de sa muse et nouvelle épouse Jacqueline Abraham. Cette année-là naît notre Somnambule, qui appartient à la série des «Lycanthropes» commencée deux ans plus tôt, une référence à son enfance dans les Carpates... patrie de Dracula et du loup-garou ! Dans les tableaux de cette période, aussi dite «floue», on découvre des personnages hybrides en mutation, tel son célèbre loup se transformant en table ou cette femme chimérique devenant oiseau. Le peintre puise également à cette époque dans les contes d’Edgar Allan Poe ou dans ceux de l’opéra d’Offenbach pour créer ses personnages fantastiques, construits picturalement à partir d’un «flou» très étudié conférant à ces évocations un aspect irréel et mystérieux. Sur ce choix artistique, Brauner écrivait lui-même, dans son carnet L’Alpin conservé au musée national d’Art moderne du Centre Pompidou : «Le flou jouera un rôle très important dans la métamorphose. [Ce] sera lui qui liera la nouvelle forme naissante [à] l’ancienne forme mouvante». Connu depuis des décennies, ce tableau a participé à de nombreuses expositions, comme à la rétrospective de ses peintures de 1932 à 1958 organisée à Chicago, en 1959, par la galerie Richard l. Feigen ou, plus récemment, au musée d’Art moderne de la ville de Paris, dans L’art en guerre 1938-1947, d’octobre 2012 à février 2013, puis en 2013-2014 au musée Thyssen-Bornemisza de Madrid. Le thème de cette dernière manifestation, Surrealism and the dream, s’impose pour cette oeuvre forte et emblématique de la période surréaliste de Victor Brauner. Une invitation à la rêverie, à ces instants bénis où peut enfin s’exprimer la création, libérée de la barrière restrictive de la conscience.

beauvais

Victor Brauner (1903-1966), Somnambule, 1940, huile sur toile signée et datée, 54 x 65 cm.


QUAND ?
Dimanche 22 mai 2016


OÙ ?
Deauville, Tradart Deauville  SVV.


COMBIEN ?
Estimation : 100 000/150 000 euros

La Gazette Drouot n° 19 du vendredi 13 mai 2016- Caroline Legrand


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