La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Une toile de Zao Wou-ki
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Voyage intérieur
Zao Wou-ki s’invite à Metz, où deux toiles inédites illustrent deux périodes de sa création. Entre tradition ancestrale et innovation, itinéraire...
Adjugé 136 500 € (frais compris).
Zao Wou-ki (né en 1921),
Sans titre, 26.01.1966,
huile sur toile, 61 x 50 cm.
Metz, dimanche 22 avril 2007.
Est Enchères SVV.
Les voyages, aussi bien physiques que spirituels, ont formé Zao Wou-ki.
Né à Pékin en 1921, il débute très tôt sa formation artistique aux beaux-arts d’Hangzhou, où il apprend tant la peinture traditionnelle chinoise que les techniques occidentales. En 1948, en quête d’une nouvelle inspiration, il s’embarque en bateau pour Marseille, d’où il “monte” à Paris. Bien qu’il maîtrise encore mal la langue, Zao va bientôt rencontrer Soulages, Atlan, Wols ou Mathieu. La période est en effet propice aux révolutions artistiques. Ainsi, en septembre 1947, à l’occasion du IIe Salon des réalités nouvelles de Paris, Hans Hartung, Georges Mathieu et Gérard Schneider sont remarqués par le critique d’art Jean-José Marchand, qui déclarera officiellement la naissance du groupe des “abstractivistes lyriques”...
Autre rencontre et personnage essentiel dans la carrière du peintre chinois, Henri Michaux. Le peintre et poète joua en effet un rôle essentiel, intellectuellement, mais aussi matériellement, en lui présentant le marchand Pierre Loeb. Zao Wou-ki s’est “trouvé en France”, écrit François Cheng dans le catalogue de l’exposition du Jeu de paume, en 2003. Toutefois, le peintre poursuit ses voyages, en Espagne, en Hollande, en Angleterre, puis dans l’Amérique de l’Action Painting, où il rencontre Kline, Gottlieb et Guston. Déjà marqué par Klee et Cézanne, sensible à tous les courants abstraits, Zao Wou-ki adopte assez vite une écriture très personnelle. Il en puisera la source dans sa propre culture. Ainsi, dès la fin des années 40, il commence à utiliser des signes calligraphiques ancestraux, fantomatiques présences d’une grande force plastique. Dans les croyances chinoises, le signe est la trace primordiale du Créateur et incarne les souffles vitaux qui animent l’univers. Ainsi, l’art devient philosophie ; en peignant, l’artiste s’investit dans l’univers et crée un espace de vie, où dialoguent le visible et l’invisible, où l’harmonie naît du vide et du plein, des oppositions qui construisent le monde, à l’image du yin et du yang. Le premier tableau présenté à Metz (80 000/100 000 €), daté de 1950, illustre parfaitement cette première période de création. Sur un fond où dominent le vert et le bleu, des signes peuplent le paysage, suggéré par les montagnes de l’arrière-plan. Tels des personnages, ils semblent se promener dans cet espace – et nous invitent à y entrer. Zao Wou-ki utilise finalement le même processus que les peintres traditionnels chinois. Dans cette métaphore de l’univers, le spectateur se promène, gravit ou contourne les montagnes, afin de le découvrir et de vivre en harmonie avec lui. Par la suite, ces signes disparaîtront au profit d’une abstraction la plus totale, comme en témoigne Le Vent de 1954, conservé au centre Georges Pompidou, et notre oeuvre de 1966. La surface de la toile se transforme alors en espace agité de taches, de traits et de reliefs, les couleurs nuancées faisant référence aux variations atmosphériques. Ainsi Zao Wou-ki persiste à signifier les choses réelles, la vie et la nature par des moyens abstraits. Alors, entrez dans ce paysage et débutez votre propre voyage...
Caroline Legrand