La Gazette Drouot
Un ensemble de créations de Paul Follot
Quel style !
Provenant de sa collection, un ensemble de créations de Paul Follot permet de donner
un coup de projecteur sur ce pionnier un peu oublié de l’art déco. Lumière !
La maison que Paul Follot a dessinée à sa propre intention, avec le concours de l’architecte Pierre Selmersheim, témoigne tout à la fois du succès et des aspirations de son créateur. Nous sommes en 1914 ; au 5 de la rue Schoelcher, dans le quatorzième arrondissement de Paris, s’achève une maison atelier, qui tranche délibérément par rapport à ses voisines. Avec son toit galbé et son faux pignon en chapeau de gendarme souligné par le renflement d’une bow-window surmontée d’un balcon, elle affiche un petit air «jugendstil» renforcé par des détails décoratifs, notamment les mosaï-ques du rez-de-chaussée, qu’un Josef Hoffmann n’aurait pas reniés. C’est que Paul Follot n’est pas le premier venu. Exclu, pour lui, de se conformer au goût bourgeois dominant ou d’embrasser les circonvolutions de l’art nouveau français, déjà passé de mode ! Fils d’un prospère fabricant de papiers peints, Félix Follot – dont l’entreprise est désignée dans le compte rendu de l’Exposition universelle de 1900 comme «universellement connue» – a pourtant fourbi ses armes auprès d’Eugène Grasset. Mais, dès 1901, il se détourne du naturalisme de l’art nouveau national, pour regarder de plus près les expérimentations menées en Belgique et dans les pays alémaniques. Pour cela, rien de tel que d’intégrer la galerie «La Maison moderne», ouverte à Paris en 1899 par le critique d’art et écrivain allemand, Julius Meier-Graefe. On trouve dans ce «nouveau bazar de l’art», comme raillaient certains, aussi bien du mobilier que des objets. Acquis au principe de l’art total, Follot se lance à la fermeture de la galerie, en 1904, dans la création de meubles, bijoux, luminaires et tapis. La même année, il participe au premier Salon des artistes décorateurs, avec un cabinet de travail nettement sous influence allemande, dont celle de Richard Riemerschmid.
Adjugé 42 000 €
Ci-dessus : Paul Follot, paire de fauteuils bas, bois doré à la feuille et laqué noir
Mardi 22 mars 2011, Drouot-Montaigne, Camard & Associés SVV.
Autant dire que Follot ne sera pas frappé de stupeur par la déferlante munichoise du Salon d’automne de 1910, véritable électrochoc pour beaucoup de créateurs français pataugeant dans l’impasse d’un art nouveau affadi. Mieux, Follot a anticipé le phénomène en proposant au SAD, qui s’est tenu au mois de février, une chambre à coucher, qui, par ses formes sobres et légères et sa marqueterie géométrique, conteste les propositions de ses confrères. L’année suivante, tournant définitivement le dos aux efflorescences de l’art nouveau et aux bois massifs, il ouvre avec son compère Maurice Dufrêne une nouvelle voie pour les arts décoratifs français. La salle de musique qu’il expose sera en partie transplantée, décor au pochoir des murs compris, dans le salon de réception de sa maison. Le piano Pleyel en sycomore et placage de citronnier, ainsi qu’une suite de trois chaises de cet ensemble sont présents dans la vente. En 1912, alors qu’André Véra publie dans L’Art décoratif son manifeste pour un nouveau style, Follot dessine sa célèbre chaise en érable au dossier ajouré d’une corbeille de fruits. Véritable plébiscite pour l’inscription des nouvelles tendances dans la continuité des grands styles français, – interrompue par l’éclectisme –, l’ouvrage est exposé au Salon d’automne. Cecil Wedgwood, le directeur de la célèbre manufacture de porcelaines anglaise, avait quant à lui approché Follot dès 1911 pour proposer une collaboration, qui ne sera effective qu’à partir de 1921, en raison du premier conflit mondial. Entre-temps, notre décorateur aura pris les armes durant quatre années et subi un an d’hôpital, terminant la guerre avec le grade de capitaine. Il se remet vite au travail et présente au Salon des artistes décorateurs de 1920, répondant aux préceptes de Véra pour un nouveau style, une coiffeuse dont la riche ornementation naturaliste est passée au filtre d’une impeccable géométrisation des formes. D’aucuns jugeront le style de Follot par trop opulent – ce qui n’entamera pas son succès. Défenseur d’une tradition française du luxe, il s’essaiera néanmoins à quelques expérimentations. En témoigne dans notre vente un étonnant fauteuil en aluminium, édité par Studal, et un spectaculaire piano Pleyel monopode, dont un des trois exemplaires embarquera en 1937 à bord du Normandie. À redécouvrir sans plus attendre !
Adjugé 18 000 €
Paul Follot (1877-1941) pour Wedgwood, service Campanula à thé
et à café en porcelaine, comprenant une théière, une cafetière, un pot à lait,
un sucrier, seize tasses et leur soucoupe.r
Mardi 22 mars 2011, Drouot-Montaigne, Camard & Associés SVV.
La Gazette Drouot N°11 - 18 mars 2011 -Sylvain Alliod


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