La Gazette Drouot
Une toile de Peeter Huys
À PARIS / Diableries et rédemption
Ces thèmes empruntés à l’oeuvre de Jérôme Bosch connurent aussi le succès au XVIe siècle, chez des artistes tel Peeter Huys. À la découverte d’un fantastique bien codifié

Des diables volent au-dessus des feux de l’enfer à la poursuite des damnés ; d’étranges cornues, alambics et autres récipients monstrueux engloutissent les morts impénitents… Au centre de la composition, le Christ portant les stigmates et revêtu du manteau rouge, symboles de sa Passion, est placé dans une mandorle nimbée de lumière. Il esquisse un geste de bénédiction vers le groupe d’hommes et de femmes qui semble surgir des entrailles de la terre. Cette scène dépeint la Descente du Christ dans les limbes, entre le vendredi saint et le jour de Pâques. Séjour des innocents et des justes morts avant d’avoir été sauvés par la Rédemption, situé aux frontières de l’enfer, le limbe est mentionné dans les textes religieux au XIIIe siècle, qui distinguent celui des patriarches et celui des enfants trépassés avant d’avoir reçu le baptême. C’est le premier qui est ici peint par Peeter Huys, s’inspirant des diableries très édifiantes de Jérôme Bosch. Reçu maître à Anvers en 1545, Peeter Huys est considéré comme l’artiste jalon entre ce dernier et Pieter Breugel. Peu de documents écrits nous sont parvenus à propos de ce fils et élève d’un paysagiste mineur, et frère du graveur Franz Huys. Peeter aurait lui-même débuté sa carrière chez un graveur et éditeur d’estampes, Jérôme Cock ; après 1560, il se trouve chargé de décorer les livres au sein de la maison d’édition Plantin. Ses quelques tableaux signés ont été réalisés entre 1547 et 1577. Il puise, à l’instar de son contemporain Jan Mandyn, dans le répertoire iconographique de leur illustre prédécesseur, Jérôme Bosch : êtres hybrides, éléments alchimiques, pensée moralisatrice. Les diableries se retrouvent dans ses thèmes de prédilection, La Tentation de saint Antoine et Le Christ aux Limbes, dont on connaît à ce jour trois versions : l’une passée en vente à Bruxelles en mars 1983, une autre à New York, en avril 2008, et la troisième à Londres, en 2001 puis en 2007. Huys se démarque cependant du maître du XVe siècle par un esprit plus drolatique et des touches plus libres, donnant du volume aux corps des damnés et des justes attendant leur entrée au paradis. Aujourd’hui, la lecture d’un tel sujet s’avère complexe, car le peintre a puisé dans des sources perdues, comme les travestis des processions, les calembours de la langue populaire, les coutumes flamandes de l’époque. Sans oublier le langage de l’alchimie, de l’astrologie et de la superstition. On pourrait alors voir les différentes formes de la Géhenne : à droite, l’entrée de l’enfer proprement dite, classiquement représentée par un monstre la gueule grande ouverte ; juste derrière, une marmite géante crachant des flammes ; plus à gauche de la composition, une étrange bouteille gigantesque dans laquelle est précipité un corps, tandis que d’autres semblent récupérés à la sortie de la panse ébréchée, enfin le sac en forme d’oeuf flottant sur l’eau verdâtre. Des éléments plutôt incompréhensibles pour un public contemporain. Qu’importe ! Reste une oeuvre à la fois plaisante et forte.

christ
Peeter Huys (1519-1564),
Le Christ aux Limbes, huile sur panneau de chêne, 27 x 39,5 cm.


QUAND ?
Vendredi 21 novembre 2014

OÙ ?
Salle 6 - Drouot-Richelieu.
Audap - Mirabaud SVV. Cabinet Turquin.

COMBIEN ?
Estimation : 40 000/60 000 euros.

La Gazette Drouot n° 38 - Vendredi 14 novembre 2014 - Anne Foster


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