La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Saint Pierre
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Saint Pierre au pinacle
Illustrant l’extraordinaire floraison artistique au temps des Valois,
cette statuette dominera la centaine de sculptures bientôt dispersées à Dijon.

Adjugé 226 360 €.
Saint Pierre en noyer, traces de polychromie, dorure d’origine, école bourguignonne,
1420-1430, provenant sans doute de l’abbaye cistercienne de Theuley, h. 49 cm.
Dijon, dimanche 21 octobre.
Sadde hôtel des ventes de Dijon. Mme Fligny.

Quel contraste entre la fondation, en mars 1098, d’un humble monastère dans la plaine marécageuse de Cîteaux et l’étonnante réussite de l’ordre, qui a essaimé dans toute l’Europe, comptant deux siècles plus tard plus d’un millier d’établissements ! Parmi eux, accordons notre attention à l’éphémère abbaye cistercienne de Theuley (1173-1294), près de Gray en Haute-Saône, dont l’ampleur vient d’être redécouverte. Son église abbatiale, vendue à la Révolution, servait notamment d’écrin à un magnifique retable représentant le Couronnement de la Vierge, aujourd’hui démembré. Élaboré au cours des premières décennies du XVe siècle, le programme iconographique associait au thème marial des figures de prophètes, d’apôtres et de saints – à l’exemple de notre statuette d’une beauté majestueuse. Elle représente un saint éminemment populaire en Bourgogne, Pierre, le prince des apôtres et fondateur de la papauté, premier témoin des évènements principaux de la vie du Christ. Considéré comme le «Moïse de la Nouvelle Loi», Pierre est aisément reconnaissable : revêtu de la toge antique, il arbore une luxuriante chevelure frisée et une barbe bouclée, dessinées avec un art consommé. Provenant de la collection du docteur Louis Marchant, ancien conservateur du musée des Beaux-Arts de Dijon, il a été exposé à plusieurs reprises, notamment en 1950 au musée Boymans Van Beuningen, à Rotterdam.

Notre saint appartient à une série de seize statuettes fortement individualisées, dont les visages graves et les physionomies traitées de façon naturaliste révèlent une même qualité d’exécution. Quelques-unes sont entrées dans des collections publiques comme un Saint Louis de Toulouse aujourd’hui au musée des Beaux-Arts de Dijon, ou la Sainte Claire récemment acquise par le Musée national du Moyen Âge, à l’hôtel de Cluny. Toujours du même ensemble, une statuette figurant Saint Paul était encore disputée jusqu’à 71 000 € au marteau, le 21 mai 2006, à Joigny. Longtemps attribuées à Claus de Werve, neveu du fondateur de l’école bourguignonne Claus Sluter, ces statuettes seraient en fait l’oeuvre d’artistes travaillant à Dijon au début du XVe pour les ducs de Bourgogne. Si les draperies enveloppées de notre saint Pierre reprennent la tradition des pleurants des tombeaux de Champmol, en revanche sa physionomie, très réaliste, annonce tout l’humanisme de la Renaissance.

À SAVOIR
L’importante rétrospective de la sculpture gothique présentée au musée des Beaux-Arts de Dole, qui se termine ce week-end,
a fait l’objet d’un catalogue, La sculpture du XVe en Franche-Comté de Jean sans Peur à Marguerite d’Autriche (1404-1530), éd. des Amis des musées du Jura.
Chantal Humbert