La Gazette Drouot
Une toile de Georges Ribemont-Dessaignes
À PARIS / Avant dada

Georges Ribemont-Dessaignes fut un peintre sensible avant de devenir un écrivain marqué par le déchaînement nihiliste provoqué par le premier conflit mondial. Un artiste.

L’imminence de l’arrivée de l’été fait de ce panneau de Georges Ribemont-Dessaignes une oeuvre de saison. Il invite au plaisir de la baignade dans les calanques, et cela dans le plus simple appareil. Un retour vers l’état de nature tout à fait dans la veine symboliste alors épousée par notre artiste. Davantage connu comme homme de lettres, notre créateur a d’abord pratiqué la musique et la peinture. Non datée, notre oeuvre a été exécutée dans les premières années du XXe siècle. Elle fut acquise en 1967, à Vence, auprès d’Alphonse Chave, qui, du 24 août au 24 septembre de cette année-là, exposait “30 peintures de 1900 à 1910 (récemment retrouvées) de Ribemont-Dessaignes”, simultanément à la publication du recueil de poèmes de Jacques Prévert, Arbres, illustré par l’artiste. Deux années auparavant, le galeriste avait fêté avec une exposition les 80 ans de ce cofondateur du dadaïsme. Sans ce fils spirituel d’Alfred Jarry, la musique dada n’aurait en effet pas connu le Pas de la chicorée frisée ou Le nombril interlope, des oeuvres pour piano composées à l’aide d’une roulette de casino. L’occasion, on l’imagine, d’un scandale comme aimait les provoquer ce mouvement iconoclaste... Ribemont-Dessaignes est même un précurseur, ayant composé des vers déjà dadaïstes en 1915. Il avait abandonné la peinture en 1913, déclarant rétrospectivement dans son ouvrage publié en 1958, Déjà jadis ou Du mouvement dada à l’espace abstrait, être “arrivé à la conclusion qu’il n’y avait aucune raison de peindre de telle ou telle manière plutôt que de telle autre”... Décidant de devenir peintre après s’être intéressé à la philosophie, le jeune garçon, qui avait déjà composé en cachette une symphonie et un drame, est poussé par son père, professeur d’obstétrique et gynécologue mondain, vers l’académie Julian puis l’École des beaux-arts. Comme beaucoup, il sera d’abord influencé par l’impressionnisme, avant d’être touché par les Nabis. Il s’intéresse aussi à l’art japonais, ce dont témoigne notre tableau où ne sont retenues que les lignes essentielles du paysage, dans une perspective basculée qui annihile toute profondeur. On peut voir dans cette composition une célébration de l’éternel féminin, tant par le sujet – des baigneuses –, que par la forme évocatrice de la calanque. Ses recherches plastiques le conduiront naturellement à fréquenter des artistes d’avant-garde. En 1909, il se lie avec le sculpteur Raymond Duchamp-Villon et ses deux frères, Jacques Villon et Marcel Duchamp. Grâce à ce dernier, il fréquente Francis Picabia. La voie est toute tracée pour des aventures dadao-surréalistes, qui l’emmènent à côtoyer Jacques Prévert. En 1928, les deux hommes signent le pamphlet marquant la rupture avec le pape du surréalisme, André Breton. Après la guerre, retiré à Saint-Jeannet, Georges Ribemont-Dessaignes rencontre Alphonse Chave, ancien étudiant des beaux-arts et décorateur de soieries à Lyon venu s’installer à Vence, à qui il présente Prévert. La galerie Chave deviendra un lieu très actif de découvertes, mais aussi de redécouvertes, comme celle de notre tableau.

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Georges Ribemont-Dessaignes (1884-1974), Baigneuses dans la calanque,
huile sur panneau de contreplaqué, 86 x 78 cm.

QUAND ?
Samedi 21 juin 2014

OÙ ?
Drouot-Richelieu - Salle 13, à 13 h 30.
Catherine Charbonneaux SVV.

COMBIEN ?
Estimation : 3 000/4 000 euros.

La Gazette Drouot n° 23 du vendredi 13 juin 2014 - Sylvain Alliod


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