La Gazette Drouot
Une robe vers 1830-1832
À PARIS / Blanc comme neige

Malgré quelques réminiscences de l’Empire, c’est la période romantique qu’évoque cette robe d’un raffinement extrême.
Et d’une apparente simplicité. Mais l’habit ne fait pas le moine...

Tout ou presque vient de la même collection et a été patiemment réuni sur un thème original : le blanc dans la mode enfantine et adulte, de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe. À l’affiche, des bonnets d’enfants, des toquets de dames, d’impressionnantes robes de présentation pour bébés, des voiles de coiffure, des étoles et, bien sûr, de délicates robes brodées. On a presque du mal à imaginer que ces pièces de vêtement aient été portées tant elles sont luxueuses... L’une des perles rares de cette dispersion est une robe, avec son turban en linon brodé de fleurs, d’époque romantique. L’anglomanie, qui apparaît en France dans les années 1770, apporte à la mode un peu de décontraction, un retour à la nature et un goût pour les activités de plein air. Cotonnades et indiennes blanches, légères et souples, sont parfaites et rappellent la tenue antique, qui est en vogue depuis les découvertes d’Herculanum et de Pompéi. Si le blanc est d’usage dans la lingerie depuis le Moyen Âge, il fait une entrée remarquée dans la garde-robe féminine, réservé cependant aux après-midi de printemps et d’été. Ces modèles sont parfaits pour les promenades au parc, à pied ou en calèche. La vie, comme la mode, est moins corsetée. Mais si élégance rime avec sobriété, lingères et ateliers de couturières n’en oublient pas pour autant certains codes. La robe blanche en mousseline, en linon ou en batiste, discrètement brodée de fleurs – dans des ateliers à Nancy ou à Paris bien souvent – ou ornée de dentelle ne convient pas aux soirées. Seules les jeunes filles se rendant à leur premier bal sont autorisées à la porter. Le blanc perdra ses couleurs au lendemain de la Première Guerre mondiale... Mais en ces années 1820-1830, les dames doivent être évanescentes et élégantes. La taille redescend vers sa place naturelle – souvenir de l’Empire –, les jupes s’évasent, maintenues en forme par un jupon légèrement empesé, et raccourcissent. Le décolleté s’élargit, les manches prennent du volume.
La vogue des manches «à gigot», bouffantes mais ajustées aux poignets, va bientôt voir le jour, lancée par la duchesse de Berry. Notre robe est dite «à jockey», du nom des petits triangles de tissu matelassé qui recouvrent les épaules des casaques des cavaliers. Il fallait y penser...
Les journaux de mode explosent, la Belle Jardinière, premier magasin de confection de série, ouvre ses portes en 1824. L’heure est aussi aux colifichets comme le «fichu canezou» – petit corsage porté sur la robe –, les voiles de dentelle ou en fine mousseline, les cols, berthes et autres étoles. Ainsi, notre turban n’est autre qu’un carré de tissu brodé que l’on porte, soit autour des épaules, soit en une savante coiffure inspirée de l’Orient. En 1827-1828, le romantisme triomphe au Salon, l’année suivante, Victor Hugo écrit son recueil de poèmes Les Orientales. Il flotte comme un parfum d’exotisme... Les robes, aux coupes d’une apparente simplicité, aux tissus et aux décors d’un raffinement extrême, illustrent ce «luxe rentré», comme l’explique l’expert de la vente.

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Robe et son turban en linon brodé de soie polychrome et bordures dentelées à cannetille métallique vieil or
et fils de soie. Vers 1830-1832.

QUAND ?
Jeudi 21 avril, 18 h 30


OÙ ?
Salle 1 - Drouot-Richelieu.
Daguerre SVV. Mme Gauvard


COMBIEN ?
Estimation : 1 800/2 200 euros

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Détail
La Gazette Drouot n°15 du vendredi 15 avril 2016-Claire Papon


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