La Gazette Drouot
Coup de coeur - Des sceaux de Qianlong
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Les sceaux de Qianlong
Grand collectionneur, l’empereur Quianlong ne manquait pas de cachets.
Trois d’entre eux figureront bientôt à Dijon. Attention, signature impériale.
Adjugé 740 000 euros
(885 040 avec frais).

Chine, époque Qianlong. Cachet, néphrite céladon veiné de rouille, gravé d’un poème et des quatre caractères "Tai Shang huang di" (empereur Tai Shang), 1797. H. 4,7, diam. 4,7 cm.
Dijon, vendredi 20 octobre 2006.
Vrégille - Bizoüard SVV. M. Portier.
Intimement lié à la calligraphie, art suprême pour tout Chinois, le sceau a de multiples fonctions. Signature utilisée pour tous les documents officiels, il est aussi marque de collection, apposé sur des calligraphies, des peintures et alors souvent associé à des poèmes. Son usage est fort ancien : selon une légende apparue sous la dynastie Han, le premier sceau aurait été donné par un dragon jaune à Huangdi, l’empereur jaune, fondateur de l’empire du Milieu au IIIe millénaire avant notre ère. Ainsi, l’objet matérialise-t-il le mandat du Ciel adoubant son représentant sur Terre. Si les empereurs Han n’utilisaient que six sceaux, les souverains Qing en possédèrent plusieurs douzaines – et, parmi eux, tout particulièrement Qianlong. Lui-même auteur de quelque 40 000 poèmes et fin calligraphe, il en fit sculpter bon nombre. L’un des trois sceaux présentés lors de cette vacation, estimé 20 000 euros, est gravé au nom du prince Bao, titre qui lui est donné lorsqu’il est appelé à rejoindre son grand-père, Kangxi. Fait rare à la cour du Fils du Ciel, Hongli (son nom de jeune homme) est désigné dès son enfance comme héritier du trône. Il reçoit une éducation soignée, parle non seulement le chinois, mais aussi le mandchou et diverses langues, dont le tibétain, pratique les arts guerriers traditionnels, le tir à l’arc et l’équitation... Qianlong – tel est son nom de règne – accède au trône à la mort de son père Yongzheng, en 1735. Despote éclairé, Qianlong se révèle aussi collectionneur dans l’âme : il amasse peintures et calligraphies, comme les palais et les jardins. L’empereur fait recopier tous les textes historiques et littéraires des anciennes dynasties, mais en censure plusieurs milliers. Le deuxième sceau, en néphrite céladon clair et pour lequel il faut compter 50 000 euros, est surmonté de deux dragons impériaux, dos à dos. Il comporte deux poèmes de sept caractères : "Dans l’univers je considère le peuple entier comme mes fils" et "Chaque saison je dois lire un livre". Par respect pour son grand-père, Qianlong décide de renoncer au trône en 1796, à quatre-vingt-six ans, sans toutefois cesser de gouverner l’Empire jusqu’à sa mort, trois ans plus tard. On le nommait alors Taishang huangdi, ou «empereur émérite». Le dernier sceau (voir photo) date de cette période, mais est gravé du trigramme qian entouré de deux dragons long et inscrit d’un poème de l’empereur écrit au printemps 1796. Le sceau est bien au coeur de la civilisation chinoise. Le comité des Jeux olympiques 2008 à Pékin ne s’y est pas trompé, en choisissant pour emblème un baiwen ("blanc sur fond rouge") figurant une élégante silhouette de sportif, reconnaissable pour le monde entier...
Anne Foster
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