La Gazette Drouot
Une supension de Zadouna�sky
Zadounaïsky en pleine lumière

De beaux coups d’éclat seront prochainement martelés à Lyon, ville d’adoption d’un artiste
qui a su renouveler la ferronnerie au XXe siècle. Brillantissime.

Grâce à l’invention magique de Thomas Edison, la lumière se prête sans plus de contraintes aux exigences du décor. Elle se pare de globes où étincèlent des gerbes de fleurs, rayonne aussi dans un lustre exotique de fruits, de fleurs et de feuilles... Pour embellir les intérieurs, des lampes et des vasques jouent des fantaisies de l’art nouveau ou interprètent les rigueurs de l’art déco. Provenant d’une succession régionale, cette importante suspension met en lumière la maestria de Michel Zadounaïsky, véritable artiste du fer. Ce natif d’Odessa, descendant d’une ancienne famille russe, a quitté l’Ukraine avec ses parents. En 1916, ils s’établissent à Lyon, foyer intense du renouveau décoratif. Adolescent à la personnalité bien trempé, il s’enfuit à seize ans du cocon familial pour voler de ses propres ailes. À l’enseignement des beaux-arts, il préférera vite un apprentissage à la manufacture Fournet, spécialisée dans la lustrerie à La Part-Dieu. Travaillant le fer forgé, le jeune homme se forme à la technique difficile du repoussage en ronde bosse. Doué d’un sens inné du métal, il s’établit en 1924 à son compte rue Béchevelin, dans le quartier de La Guillotière. La même année, il expose une console aux lignes résolument modernes, destinée à agrémenter un intérieur de l’ensemblier André Sornay.
Pareillement à son confrère nancéien, Jean Prouvé, Michel Zadounaïsky façonne le métal au corps à l’aide du marteau et du burin comme le ferait un sculpteur. “La ferronnerie d’art, c’est un métier complet, il faut du biceps, il faut du cerveau. Mon travail et ma vie ne font qu’un”, pouvait-il confier. Sa passion, son perfectionnisme autorisé par le savoir-faire lui valent d’être distingué par Raymond Subes, l’un des plus célèbres ferronniers art déco, qui lui propose une collaboration parisienne. Mais notre créateur, farouche et entier, décline l’offre et opte pour une carrière régionale. En artiste hors-norme, il travaillera aussi bien pour des clients privés, tels le vicomte de La Croix-Laval et Antoine Clinet, que pour la ville de Lyon, fournissant notamment les grilles de l’hôtel Gadagne. Celui qu’on appelait familièrement “Zadou” épouse en 1927 Rosa, qui l’assiste dans la dorure. Notre suspension, montée à l’électricité et proposée en bon état, s’avive de pittoresques feuilles de palmier soigneusement dorées. Façonnées en fer martelé et forgé, elles dévoilent une influence cubiste, imposant une ordonnance rigoureuse du dessin. Naît ainsi une géométrie faite d’associations heurtées et dynamiques, fondées sur le télescopage de triangles et de formes anguleuses. Nos feuilles de palmier illustrent aussi un fort attrait pour l’exotisme. Liées à l’art nègre, elles évoquent les pointes acérées de sagaies. En se réunissant, elles forment encore une magnifique coiffe de plumes que n’auraient pas boudée les Amérindiens. Du grand art.

suspension

Michel Zadounaïsky (1903-1953), grande suspension rectangulaire en fer, vingt-huit bras de lumière,
cachet signature sur le cadre, 70 x 150 x 80 cm.

QUAND ?

Jeudi 20 juin 2013

OÙ ?
Lyon, De Baecque SVV

COMBIEN ?
Estimation : 3 000/4 000 euros

detail

Détail

La Gazette Drouot n° 23 -14 juin 2013 - Chantal Humbert


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