La Gazette Drouot
Ordre de Saint-André
Tout ce qui brille... est or !

Impossible de ne pas distinguer un ensemble complet de chevalier de l’ordre russe de Saint-André
qui aurait appartenu au cinquième duc de Richelieu. Explications.

Le rêve de tout phalériphile qui se respecte ? Décrocher un ordre russe et tout particulièrement celui de Saint-André : le premier d’entre eux, tant par sa date de création – le 30 août 1698 par Pierre le Grand – que par sa place dans la hiérarchie. Une décoration réservée aux plus puissants personnages de l’État, civils ou militaires. Les heureux élus auraient été un millier à le recevoir – exception faite des membres de la famille impériale – de Pierre Ier à 1917, date de sa suppression. Pierre Ier lui-même se jugea digne de cet honneur en 1703, après la prise de la forteresse de Nöteborg en Suède. Catherine II en décorera une centaine de personnalités, dont certains de ses amants... Notre bijou date de l’époque de Paul Ier (1754-1801), à qui l’on doit le statut officiel de cet ordre honorifique. Il insiste sur les responsabilités de chacun des récipiendaires – défense de la foi, charité envers ses semblables, réputation inattaquable, etc. –, interdit à ces derniers le sertissage de leur insigne avec des pierres précieuses et fixe de façon très détaillée leur tenue vestimentaire. Mieux qu’un ruban, le nôtre est constitué d’un collier. Outre le nombre de maillons (vingt-trois, seulement dix-sept après la réforme de 1856), les anciens colliers de Saint-André sont reconnaissables à la forme effilée des aigles. Un bonheur n’arrivant jamais seul, celui-ci se distingue encore par la forme des écus de Saint-Georges ornant les maillons aux aigles, par l’émaillage noir rehaussé d’or des plumes des volatiles, par l’or du bijou et de sa couronne, bien sûr, sans négliger divers détails sur les maillons (“S.A.P.R.”, Sanctus Andreas Russiae Patronus) et sur le motif central de sa plaque. Ce que l’on ignore en revanche c’est le patronyme de son premier – et prestigieux – propriétaire. Pas de certitude absolue quant au suivant, mais de fortes présomptions, puisqu’il provient de sa famille.
mesnager

Adjugé 1 734 880 euros frais compris.
Empire de Russie, Saint-Pétersbourg, 1797.

Ensemble de chevalier de l’ordre de Saint-André comprenant un collier en or ciselé et émaillé (150 cm env.),
le bijou (de même facture) présentant l’aigle impériale bicéphale, le corps chargé de la croix de Saint-André et la plaque en broderie de paillettes, lames et cannetille d’argent
Mercredi 20 juin (15 h), salle 4 - Drouot-Richelieu. Damien Libert SVV. M. Farhi.

Présentons donc Armand-Emmanuel-Septimanie de Vignerot du Plessis, cinquième duc de Richelieu (1766-1822) et petit-fils du maréchal. Gentilhomme de la Chambre du roi, capitaine de hussards, il est envoyé à Vienne en 1790, à la demande de la reine, afin de s’entretenir avec l’empereur Joseph II – frère de la souveraine française – sur les développements de la Révolution.
Il rencontre de fait son successeur, Léopold II, avant de rejoindre l’armée russe, au sein de laquelle il participe au siège et à la prise de la ville d’Izmaïl, au sud-ouest de l’Ukraine. Un fait d’armes qui lui vaut la croix de Saint-Georges et une épée d’or de Catherine II. Colonel, puis général major après son passage à l’armée des émigrés de Condé et sa disgrâce sous le règne de Paul Ier, il est nommé, en 1803 par le tsar Alexandre Ier, gouverneur de la ville d’Odessa et de la “Nouvelle Russie”. Comprenez les territoires méridionaux repris aux Turcs. Petite colonie fondée par Catherine II, la ville compte au départ de Richelieu, en 1814, trente cinq mille habitants et est devenue la capitale d’une province désormais prospère. La “perle de la mer Noire” demeure aujourd’hui encore fidèle à son souvenir. Rentré en France, il est nommé par Louis XVIII pair de France, puis président du Conseil.
Au second traité de Paris, le 20 novembre 1815, l’appui qu’il reçoit du tsar Alexandre Ier lui vaut d’obtenir quelques concessions. La tâche n’est pas facile non plus sur le plan intérieur, qui le mène à faire face aux conséquences des Cent-Jours et à participer à la Terreur blanche, en ordonnant notamment l’exécution du maréchal Ney. Jusqu’en 1818, Richelieu n’aura de cesse de “royaliser la nation et nationaliser la royauté”, selon la formule de Louis XVIII. C’est aussi en 1818 qu’Alexandre Ier, hautement satisfait de l’oeuvre accomplie par le duc dans la ville d’Odessa, le fait chevalier de Saint-André, de Saint-Alexandre-Nevski et de Sainte-Anne. Restauré par l’Église orthodoxe de Russie en 1988 et dix ans plus tard par le président Eltsine, l’ordre de Saint-André demeure la plus haute distinction civile et militaire russe. C’est dire si notre ensemble devrait être, d’Ouest en Est, objet de convoitise...
gonzales
La Gazette Drouot n°24 - 15 juin 2012 - Claire Papon


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