La Gazette Drouot
Coup de coeur - Un recueil attribué à Pierre Gourdelle
Retour au sommaire
Oiseaux sur feuilles
Parmi les chefs-d’oeuvre du cabinet de Pierre Berès, un recueil de soixante oiseaux devrait attiser autant de convoitise que les plus précieux diamants. Rendez-vous le 20 juin.

Adjugé frais inclus 1.422.244 €
Attribué à Pierre Gourdelle
(vers 1540-vers1590).
Recueil de dessins aquarellés d’oiseaux, vers 1550, in-folio, 42 x 28 cm. Reliure d’époque
en veau fauve, décor doré,
entrelacs peints en noir.
Mardi 20 juin 2006, salle 5-6.
Pierre Bergé & Associés SVV.
MM. de Proyart, de Bayser.

Un jour de janvier 1949 à New York, Pierre Berès visite son confrère – et rival au royaume des libraires - H. P. Kraus. Il achète ce recueil pour un montant confidentiel, chiffré en code sur le contreplat inférieur. Une reliure à la fanfare du XVIe siècle, au décor de fers azurés et motifs dorés et peints, renferme des feuilles aquarellées. Soixante oiseaux, du coq au paon, en passant par un rouge-gorge, un verdier, une mésange – modestes visiteurs de nos jardins. Mais on note aussi des habitués de nos forêts (faisans, perdrix) et quelques oiseaux exotiques, comme l’autruche ou le dindon, volatile nouvellement importé du Nouveau Monde encore appelé «Indes». La qualité du dessin, la somptuosité de la reliure intéressèrent au plus haut point notre chasseur de livres rares. La bibliothèque du Muséum d’histoire naturelle possède un volume jumeau, aux oiseaux peints de la même main, mais arrangés dans un ordre différent, avec quelques variantes dans la nomenclature et les coloris. De toute évidence, les deux volumes ont fait l’objet d’une commande d’un riche mécène, fort au fait des arts de son temps. En 1555, en effet, L’Histoire et de la nature des oiseaux de Pierre Belon est publiée, avec des gravures proches de nos dessins.
Le rédacteur de la notice concernant notre recueil, lors de l’exposition des livres de Pierre Berès à Chantilly, conclut à l’antériorité des dessins par rapport aux illustrations, en accord avec Pierre-Jean Mariette, qui écrit dans son Abecedario : «Pierre Gourdet ou Gourdelle a dessiné d’après le naturel presque tous les oiseaux qui se trouvaient dans le livre». Cet artiste, proche de Clouet et de Caron, dont il épousa la fille en secondes noces, a travaillé pour Catherine de Médicis, les familles de Guise et Clèves. Les filigranes du papier correspondent à une date antérieure à 1555. Sur un feuillet de garde sont peintes les armes des Richoufftz, identifiées par Philippe Palasi. Cette famille originaire d’Allemagne, alliée aux Gueldre et aux Clèves, a rejoint la France avec une compagnie de trois cents lansquenets, qui participera à la bataille de Marignan. Éric de Richoufs, forme francisé du nom, fut naturalisé par François Ier, ses descendants servant la famille royale. Dans ce milieu aristocratique, la pratique de la guerre et de la chasse est considérée comme un art essentiel. Il est amusant de noter qu’à cette époque, le dindon était un animal de choix pour les chasseurs indiens et les premiers découvreurs de l’Amérique, avant de devenir un hôte des basses-cours et un mets incontournable pour les fêtes de Thanksgiving et Noël. Mais après tout, Pierre Berès n’a-t-il pas convoité ce recueil avec autant d’ardeur qu’Audrey Hepburn les diamants de Tiffany ?
Anne Foster
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp