La Gazette Drouot
Coup de coeur - Arrosoir de serre en cuivre
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Jeux de mains...
Ses tableaux sont d’une insigne rareté en ventes. Connu au XVIIe pour son abondante production, Giovanni Battista Boncori est depuis tombé dans l’oubli. À redécouvrir !

Adjugé 409 795 euros frais compris (350 000 euros, sans frais).
Giovanni Battista Boncori (1633-1699), Les Joueurs de cartes ou La Parabole du fils prodigue, vers 1670, toile, 194 x 146 cm.
Mercredi 20 mai 2009, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Cabinet V.A.E.P. Marie-Françoise Robert & Franck Baille SVV. Cabinet Turquin.

L’histoire ne dit pas à quel jeu de cartes jouent ces messieurs. Ce que l’on constate, en revanche, c’est que la chose est suffisamment passionnante pour que l’un des protagonistes – à droite de la composition – ne s’aperçoive pas qu’une jeune dame, très probablement aux bras de son complice, est en train de lui faire les poches... Comme souvent dans les compositions sur ce thème, la scène de genre est bâtie autour d’un sujet biblique. Ici, la parabole du fils prodigue, extraite de l’Évangile selon saint Luc. L’histoire est des plus connues. Le Prodigue n’est toutefois pas qu’un héritier qui dilapide son bien dans une existence de débauche, c’est aussi un homme obligé de se mettre au service d’un étranger pour gagner sa vie. Ruiné, réduit à garder des porcs dont il envie même les glands dont ils se nourrissent, il se repent et retourne chez son père, qui l’accueille à bras ouverts. Sous les yeux du fils aîné, qui, revenant des champs, jaloux des marques d’affection paternelle, lui reproche son attitude : «Ton fils que voilà revient-il après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras !» De nombreux tableaux ont illustré ce thème du fils prodigue, notamment aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le départ de la maison paternelle, la vie de débauche, la misère, le retour du jeune homme sont parmi les motifs favoris.
Et si le texte religieux ne fait qu’une brève allusion à la vie dissipée du garçon, les peintres, eux, ont multiplié à loisir les scènes en galante compagnie, ou les parties de cartes. Notre artiste est de ceux-là. Originaire de Campli, dans la région des Abruzzes, il arrive à Rome vers 1660, où il se forme bientôt auprès de Pier Francesco Mola (1612-1666). Dans les années 1665-1669, Giovanni Battista Boncori voyage de Parme à Venise et de Ferrare à Bologne, où il étudie l’art du Guerchin. De retour dans la Ville éternelle, il est l’invité du cardinal Francesco Maria Mancini, frère de Lorenzo Mancini, lui-même beau-frère du cardinal Mazarin. Les commandes affluent, notamment pour des tableaux d’autel. Tout comme celles des alliés des Mancini, les Colonna et la communauté des dominicains. Plusieurs expositions dans le cloître de San Salvatore in Lauro, dans les années 1680-1690, témoignent de l’abondance de sa production, l’artiste prêtant lui-même certains de ses tableaux.
Entré à l’académie de Saint-Luc en 1678, il en devient professeur cinq ans plus tard, puis directeur, en 1699. Une place d’honneur dont il ne profitera pas longtemps, puisqu’il meurt la même année. Exception­nellement documentée de son vivant, sa production est cependant vite tombée dans l’oubli et le corpus de ses oeuvres se révèle aujourd’hui particulièrement mince. C’est dire l’importance de la découverte de notre tableau. Tout comme, il y a quelques semaines, celle d’une toile, Le Concert, conservée au Norfolk Chrysler Museum aux Etats-Unis et jusqu’alors attribuée à Donato Creti. La douceur des physionomies, les dimensions, la mise en page serrée, les coloris chatoyants, la figure centrale à demi éclairée, le mouvement tournoyant de la composition, mais aussi le jeu élaboré des mains, auquel répond la valse des pointes de pieds, sont autant d’éléments permettant de faire de notre tableau le pendant de celui de Norfolk. Ce qui porterait à dix le nombre des oeuvres de Giovanni Battista Boncori connues à ce jour. Reste à savoir qui, le 20 mai prochain, aura l’atout, véritable maître du jeu... des enchères !
Claire Papon
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp