La Gazette Drouot
Un cheval par Xu Beihong
EN RÉGIONS / Cheval échappé

Grâce au coup de pinceau aérien de Xu Beihong, la créature absorbe l’univers qui l’entoure et incarne la fuite du temps. Peu d’obstacles semblent à prévoir dans la course aux enchères…

Vers quelle destination secrète peut bien se diriger ce cheval ? Représenté de profil, il galope vers la droite, fatalement pour atteindre un but précis, tel un des «Chevaux échappés» du second roman de La Mer de la fertilité, oeuvre majeure de l’écrivain japonais Yukio Mishima. S’agirait-il là aussi de métempsychose ? L’animal serait la réincarnation d’un être qui a erré et errera encore dans de nouvelles enveloppes charnelles jusqu’à ce que s’achève le Samsara, cycle de transmigration des âmes dans la religion bouddhiste... Comme Alexandre le Grand, Marco Polo ou Napoléon Ier, celui qui voyage vers l’Orient retourne à l’origine du monde et, par là même, à sa propre naissance. Il ne faut donc voir ici aucune fuite en avant : si le cheval galope, c’est tout simplement parce qu’il doit le faire. Il s’inscrit en cela dans une tradition huit fois millénaire d’art équin en Chine ; l’animal, immobile ou en mouvement, est en parfaite harmonie avec son environnement naturel et c’est vers cet idéal taoïste que l’homme doit tendre. Au passage, on notera que la nature est absente de l’oeuvre – on n’aperçoit pas même un brin d’herbe sous les sabots –, l’être parfait ayant fusionné avec le reste de l’univers. Dans cette perspective philosophique, le cheval n’est plus selon la formule consacrée «la plus belle conquête de l’homme», mais bel et bien l’exemple à suivre. Finalement, la seule fuite ici évoquée est celle du temps, «image mouvante de l’éternité» selon Platon. À moins qu’il s’agisse d’une course, mais un seul cheval nous est représenté... Connu aussi pour ses portraits, Xu Beihong a acquis au cours de sa carrière une grande popularité en Chine grâce à ses représentations de chevaux. Exécutée à l’encre noire, cette oeuvre, appartenant à une collection française depuis le début des années 1960, a été réalisée pendant une des périodes les plus prolifiques de l’artiste. La technique est sûre, le coup de pinceau léger traduit idéalement la notion de rapidité de l’équidé. Cette impression est renforcée par la position des quatre pattes, par le vent qui secoue la crinière et la queue de ce Bucéphale sans tâche frontale, ni maître. Xu Beihong, comme Zao Wou-ki après lui, participe au renouveau de l’art asiatique en y introduisant des éléments de la culture occidentale, sans jamais renier les techniques traditionnelles. C’est le passage à l’École des beaux-arts de Paris, dans les années 1920, qui détermine cette évolution. Xu Beihong remporte vite un grand succès dans son pays et à l’étranger, expose notamment en France, en Belgique, en Italie, en Allemagne et en URSS, dans les années 1930. Nommé enseignant dans diverses institutions artistiques, dont l’université de Nankin à partir de 1927, il deviendra après l’avènement du régime communiste, en 1949, président de l’Association des artistes chinois et de l’Académie centrale des beaux-arts de Pékin. Deux musées lui sont consacrés, l’un dans sa ville natale, Yixing, l’autre à Pékin, où il décède en 1953 d’une crise cardiaque.

cheval

Xu Beihong (1895-1953),
Cheval, encre et lavis sur papier daté de l’automne 1938 (date cyclique Wuyin), signé «Beihong» avec cachet rouge
en haut à gauche, monté en rouleau vertical sur soie, 104 x 120 cm (détail).

QUAND ?
Samedi 20 avril 2013.

OÙ ?
Cannes, Azur Enchères Cannes SVV.
Mme Papillon d’Alton, M. Ansas.

COMBIEN ?
Estimation : 250 000/300 000 euros.

La Gazette Drouot n° 14 -11 avril 2013 - Alexandre T. Analis


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