La Gazette Drouot
Une toile de Kees Van Dongen
EN RÉGIONS / L’élégance de la peinture

Dans les années 1920, Kees Van Dongen, grand adepte de Deauville, renouvelle son inspiration
sur les célèbres Planches. Mondain, mais aussi virtuose de la couleur.

?Kees Van Dongen, séducteur invétéré et créateur parfois insaisissable, ne fut vraiment fidèle qu’à un lieu : Deauville. Il découvre cette élégante station balnéaire à l’été 1913, lors de vacances en famille, avec son épouse Guus et sa fille Dolly, mais c’est seulement après la Première Guerre mondiale qu’elle devient le théâtre privilégié où se joue quelques scènes de sa fulgurante success story. On le voit arpenter les Planches, nouvellement installées, et croiser les figures brillantes du Tout-Paris, Coco Chanel, Arletty ou Suzy Solidor, qui poseront bientôt pour lui. Ces rencontres capitales consolident sa carrière de portraitiste mondain, initiée autour de 1915 grâce à sa première muse, la sulfureuse marquise Casati. «Deauville m’allait comme un gant. J’y retrouvais ma clientèle», avouera-t-il plus tard à l’écrivain Henri Perruchot.
On est loin de la jeunesse du peintre hollandais, né à Rotterdam, qui fort de préceptes anarchistes s’installait à Paris en 1899. À cette époque, pour survivre, il jouait volontiers les déménageurs et ses modèles préférés étaient des filles publiques. En 1905, au contact de Derain et Vlaminck, il se convertit aux audaces révolutionnaires du fauvisme : «Un pot de couleurs avait été jeté à la figure du public», note à son sujet le critique Camille Mauclair. 1920 : Kees Van Dongen peint vingt-quatre toiles prenant pour thème la célèbre plage normande ; elles seront exposées en mars de l’année suivante à Paris, à la galerie Bernheim-Jeune. Au même moment, il conçoit avec le couturier Paul Poiret un livre intitulé Deauville. Le couturier rédige les textes, tandis que le peintre l’illustre d’aquarelles représentant la plage, les courses, le casino et le stratégique café de la Potinière. Brossée durant cette période, notre toile, non datée, présente un petit groupe d’élégantes en robes claires caractéristiques du tout début des Années folles. Silhouettes longilignes, quasi hiératiques, et visages aux yeux agrandis par les fards, confortent Jean Cocteau dans son verdict sans appel : «Van Dongen transcende les modes et les hausse jusqu’à la mythologie». Le peintre traduit à merveille l’atmosphère légère et les nuances nacrées de la côte normande, dont il disait aussi que « ça ressemblait à la Hollande. À cause de la lumière». Le fauve apprivoisé sait encore réveiller les teintes douces par quelques touches inattendues, comme le bleu de la falaise, le vermillon éclaboussant la fillette à gauche ou le jaune du pull de la promeneuse. Inédite sur le marché, provenant d’une collection privée de la région, l’oeuvre date de la meilleure période de l’artiste et pourrait atteindre sans peine 250 000 €...
Êtres et modes passent, mais Van Dongen revint à Deauville jusque dans les années soixante. Il descendait alors à l’hôtel Normandy, puis déambulait sur les Planches, mains dans les poches, avant de s’arrêter au bar du Soleil. Avec sa silhouette de vieux loup de mer à barbe blanche, il était devenu une des figures tutélaires des lieux, à jamais indissociable de la belle station.

van dongen

Kees Van Dongen (1877-1968), Les Élégantes à Deauville,
huile sur toile, 47 x 33 cm.

QUAND ?
Dimanche 20 mars 2016


OÙ ?
Rouen, Bernard d’Anjou SVV


COMBIEN ?
Estimation : 200 000/250 000 €

La Gazette Drouot n° 10 du vendredi 11 mars 2016 - Philippe Dufour


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