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| Nourritures de l’esprit |
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Inédite sur le marché, une gourmande paire de natures mortes éclaire
d’un jour nouveau l’oeuvre de l’Italien Cristoforo Munari. Un artiste précurseur.
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Adjugé 91 000 € frais compris.
Cristoforo Munari (1667-1720), Figues, fleurs et porcelaine de Chine à décor «bleu et blanc» d’époque Ming et Citrons, boudoirs et porcelaine de Chine à décor «bleu et blanc» d’époque Ming, paire de toiles, 45,5 x 35,5 cm.
Marseille, samedi 20 mars 2010.
Damien Leclere SVV. M. Millet.
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Tel un appât infaillible, ces deux toiles défient les palais raffinés et les esprits gourmands. Dès le premier coup d’oeil, on est tenté de mordre dans l’une des douces figues ou de croquer l’un de ces aimables boudoirs. La vie silencieuse, comme certains esthètes nommèrent le genre de la nature morte au XVIIIe siècle, semble plus que jamais nous parler, invitant le spectateur à s’emparer de ses beautés. Péché non moins capital que la luxure, mais aussi plaisir sans pareil pour les papilles, le sucre est le protagoniste de ces deux toiles. Il se dissimule dans les pâtisseries et les fruits, exalte le parfum doucereux des fleurs de jasmin et enchante le liquide délicat contenu dans les verres de cristal. Avec ces deux oeuvres, Cristoforo Munari nous ouvre les portes de la peinture du XVIIIe siècle. Né à Reggio Emilia en 1667, ce peintre dont on ne sait que peu de choses fut adulé dans sa ville natale, où une rétrospective lui était d’ailleurs consacrée en 1999. L’art du Bergamasque Évariste Baschenis influence le début de sa carrière. Munari se spécialise dans la nature morte composée d’élégants instruments de musique, mêlés à l’envi aux ustensiles de cuisine, quelque gibier ou divers aliments. Dans ces oeuvres, notre peintre aime jouer des lignes verticales et horizontales, mais aussi avec la lumière et le fameux clair-obscur. En cette fin de XVIIe siècle, ce genre venu des Flandres et auparavant considéré comme mineur connaît son apogée en Europe, notamment en Italie grâce au Caravage. Peintre audacieux, voire provocateur, celui qui déclara sans vergogne «Il me coûte autant de soin pour faire un bon tableau de fleurs qu’un tableau de figures», insuffla à la spécialité une nouvelle vie, séduisant nombre de jeunes artistes, tel Cristoforo Munari. Ce dernier arrive à Rome vers 1695 et y restera dix années, durant lesquelles son style devient de plus en plus raffiné et luxueux, afin de satisfaire sa riche clientèle aristocratique. C’est à ce moment qu’apparaissent dans ses tableaux les porcelaines de Chine, précieuses par excellence, mais aussi les gâteaux, en particulier le biscuit à la cuiller, apparu au XVe siècle en Savoie, douceur réservé aux riches salles à manger. La carrière de notre peintre se poursuivra de 1706 à 1715 à Florence, à la cour des Médicis, où son art atteint des sommets, avec notamment de grandes compositions en trompe l’oeil, avant de se fixer à Pise. Mais revenons à nos deux toiles. Un fond plongé dans l’ombre, une lumière diffuse projetée sur les objets et une touche vaporeuse...
Nul effet grandiose, bien plutôt une volonté de créer des oeuvres intimistes propices à la méditation telles que les concevra un Jean-Baptiste-Siméon Chardin. Artifices et profusion sont résolument abandonnés au profit d’une disposition parcimonieuse et réfléchie, qui n’abandonne néanmoins pas certains motifs chers à Munari, comme la table en angle, les pots et les gâteaux renversés pour indiquer la profondeur, ou les grands récipients verticaux, que l’on retrouve par exemple dans la nature morte de notre peintre conservée au musée Pouchkine, à Moscou. Autre élément important : les dimensions. Plutôt réduites, elles permettent au regard d’embrasser sans peine la composition dans toute sa diversité, ou encore d’exposer ces toiles dans un intérieur de taille modeste. Mais, si elles ne sont pas grandes, elles vont par deux ! Une précision fort utile pour les amateurs, tant il est rare aujourd’hui de découvrir une paire de cette qualité intacte ! Bien que tout dans ses natures mortes évoque une allégorie de la douceur, Cristoforo Munari n’oublie pas le caractère religieux et moralisateur du genre. Associés au thème du péché originel, les figues et le citron nous rappellent que rien n’est éternel et que toutes ces richesses ne nous accompagneront pas au paradis. Foin de vanité, nos tableaux devraient bientôt satisfaire les esthètes les plus exigeants... |
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| Caroline Legrand |
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