La Gazette Drouot
Une toile de Battista Lampi le Jeune
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Cet homme drapé de rouge ne vous est pas tout à fait inconnu ?
Eh oui, il s’agit du sculpteur Antonio Canova, vu par son contemporain Lampi le Jeune. Portraits croisés.

Les notices sont plus fournies concernant le modèle que l’auteur du tableau... Pourtant, Giovanni Battista le Jeune, natif de Trente, formé aux Beaux-Arts de Vienne, laisse des tableaux de genre et des portraits aujourd’hui conservés dans les musées de Budapest, Vienne ou Saint-Pétersbourg. Précisons d’ailleurs que notre homme fit un long séjour dans la cité russe avant de s’installer dans la capitale autrichienne, qu’il fut membre des académies des deux villes et qu’il travailla avec son père, Giovanni Battista I l’Ancien (1751-1830), portraitiste des membres de la famille Potocki et du roi de Pologne, Stanislas Auguste. Tel père, tel fils... Mais revenons à notre tableau, conservé dans une vaste maison du coeur médiéval de Bologne. Outre sa provenance, notre toile bénéficie d’un bel état de conservation, avec des couleurs préservées, posées en couches fines et subtiles. Un bel hommage au talent du véritable archétype du sculpteur néoclassique, l’Italien Antonio Canova (1757-1822)... Célèbre de son vivant pour ses statues inspirées des mythologies grecque et romaine, ce dernier n’est pourtant pas représenté ici en héros ou en divinité, mais sous les traits et dans l’attitude d’un homme proche de ses semblables, confiant et vertueux, drapé à l’ancienne dans un ample manteau rouge, portant sur un front largement découvert une perruque rappelant le XVIIIe siècle.

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Estimation : 15 000/20 000 euros.
Giovanni Battista Lampi le Jeune (1775-1837), Portrait du sculpteur Antonio Canova, huile sur toile, 60 x 50 cm.
Vendredi 19 octobre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu. Artemisia Auctions SVV. M. Preda.
Quelques dizaines de portraits au long de sa vie – pas seulement de la main de Lampi, bien sûr – immortalisèrent le sculpteur. Plusieurs le représentent occupé à la sculpture de l’une des figures de marbre du grand monument en forme de pyramide érigé dans l’église des Augustins, à Vienne, à la gloire de l’archiduchesse Marie-Christine d’Autriche – soeur aînée de Marie-Antoinette. Un tableau le montrant devant son oeuvre est aujourd’hui conservé dans les collections du prince de Liechtenstein ; on en connaît quelques versions très proches de format plus petit, dont la nôtre. Né à Possagno (province de Trévise), dans une famille de tailleurs de pierre, Antonio Canova s’initie dès son plus jeune âge au travail du marbre. Il n’a d’ailleurs qu’une dizaine d’années quand, sur la recommandation du sénateur Giovanni Falieri, il entre comme apprenti chez le sculpteur Giuseppe Bernardi Torretti, avant d’intégrer l’école Santa Marina à Venise. Le voilà bientôt l’un des premiers sculpteurs modernes à associer l’imitation de la nature aux beautés idéalisées de l’Antiquité. Pureté des contours, élégance des formes, sagesse des compositions de marbre blanc... Dans ces mêmes années 1780, il laisse de nombreux dessins des vestiges exhumés à Herculanum et à Pompéi. De retour à Rome après un séjour à Naples, notre sculpteur se lie avec Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy.
C’est le début d’une longue amitié, qui aboutira, en 1834, à la publication des Mémoires historiques sur la vie et les travaux de ce célèbre artiste par l’historien d’art et archéologue. Parallèlement à ses figures inspirées de l’Antiquité, le sieur Canova fait aussi oeuvre de sculpteur de monuments funéraires et de bustes de personnages héroïques. Ses commanditaires ? Des papes, des collectionneurs fortunés... et la famille Bonaparte. Appelé à Paris en 1802 pour réaliser le portrait de Napoléon, Antonio Canova rencontrera celui-ci à cinq reprises, l’Empereur refusant toutefois de poser pour son effigie. Notre sculpteur laisse également une Pauline Borghese en Vénus Victrix, une représentation de Marie-Louise en Concorde et celle de Laetitia Bonaparte en Agrippine. Tout un programme ! Joséphine, elle, préféra passer commande des Trois Grâces. Quant à l’Empereur, il refusa d’être le récipiendaire de sa statue héroïque. Livré au Louvre en 1811, Napoléon en Mars désarmé et pacificateur sera dissimulé par des bâches et des planches, jusqu’à ce que le duc de Wellington décide de le placer au pied de l’escalier monumental d’Apsley House, à Londres, après la bataille de Waterloo... Imperturbable, Canova poursuivra son ascension. Chargé par les États du pape de récupérer les oeuvres d’art pillées par Napoléon pendant l’Empire, il s’acquittera avec zèle de cette mission, et consacrera une partie de sa fortune à des oeuvres de bienfaisance. Quand on vous disait que cet homme était vertueux...
La Gazette Drouot n° 35 - 12 octobre 2012 - Claire Papon


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