La Gazette Drouot
Un saxophone
Jazz, sax and Hal

C’est sur fond de jazz que se déroule ce nouvel opus “Paris mon amour”.
L’une des vedettes du jour n’est autre qu’un saxophone, celui du musicien américain Hal Singer. En avant la musique...

Dinant, ses maisons le long de la Meuse, sa collégiale entre fleuve et rocher, sa citadelle et... Adolphe Sax (1814-1894). La petite cité belge n’est pas peu fière de fêter cette année le 200e anniversaire de la naissance de l’inventeur d’un “système d’instrument à vent dit saxophone”, selon le brevet déposé en 1846. Si l’homme, qui jouissait pourtant d’une belle réputation de facteur d’instruments à Bruxelles, demeure assez méconnu du grand public, son invention, elle, a durablement révolutionné le jazz et le blues. Difficile de ne pas être séduit par le son profond et chaleureux de cet instrument en forme de pipe, compagnon des solos de John Coltrane, Stan Getz, Dexter Gordon, Charlie Parker, Sonny Rollins... et d’Hal Singer, dont on vend aujourd’hui l’un des saxophones. Né à Tulsa, en Oklahoma, l’homme, à bientôt 95 ans, conserve intacts sa bonne humeur et le plaisir de jouer, chez lui à Chatou ou en public, avec ses amis, jeunes ou moins jeunes. À croire que le jazz ne connaît pas la limite d’âge. Hal Singer (de son vrai prénom, Harold) n’a que vingt ans quand il est engagé dans l’un des grands orchestres noirs de l’époque, trois de plus quand il rejoint, avec trois dollars en poche, la Mecque du jazz, New York. C’est le début d’une formidable aventure, qui le mènera dans les clubs ou sur les scènes du monde entier, seul ou aux côtés de Duke Ellington, Miles Davis, Oscar Peterson, Charlie Mingus, Lester Young, Ray Charles ou Billie Holiday... Coup d’essai, coup de maître, son premier 78 tours,
Cornbread en 1949, caracole en tête du hit parade pendant quatre mois. Notre jeune musicien forme alors son propre orchestre, avec lequel il va régaler les États-Unis, l’Amérique latine, l’Extrême-Orient et l’Europe. Il enregistre notamment une première version de Rock around the clock, reprise trois ans plus tard, en 1953, par Bill Haley – avec le succès que l’on sait. L’homme compose aussi à ses heures, enseigne à la Julliard School of Music de New York. C’est en 1965 qu’il décroche son premier engagement à Paris, au club des Trois Mailletz, à l’ombre de Notre-Dame. Un bonheur n’arrivant jamais seul, il y rencontre trois jours après ses débuts celle qui deviendra son épouse, une jeune française de vingt-six ans sa cadette. Depuis, Hal Singer n’a plus quitté la France. Exceptions faites, bien sûr, pour des festivals, des concerts, enregistrements, master class, émissions de radio et de télévision ou pour des films. Justement, c’est avec notre instrument qu’il joue son propre rôle dans Taxi Blues, de Pavel Lounguine. Sorti en 1990, le film raconte la rencontre de Schlikov, chauffeur de taxi à Moscou, et d’un saxophoniste, Liocha. Après une nuit de débauche, le musicien fausse compagnie au conducteur, sans payer la course ; celui-ci le retrouve et prend en gage son instrument, l’obligeant à travailler pour le récupérer. Si un début d’amitié se noue entre les deux hommes, le musicien n’hésitera pas à laisser tomber Schlikov quand il connaîtra le succès, après avoir fait connaissance du grand Hal Singer. “Life goes on”, comme ce dernier aime dire...

saxophone

Saxophone ténor Henri Selmer
super action 80, série II, en laiton gold verni, pavillon gravé du nom d’Harold Singer encadré de feuillages,
étui d’origine.


QUAND ?
Lundi 19 mai 2014

OÙ ?
Salle 10 - Drouot-Richelieu.
Lucien-Paris SVV.

COMBIEN ?
Estimation : 6 000/6 500 euros.

saxophone
 
La Gazette Drouot n° 19 - Vendredi 16 mai 2014 - Claire Papon


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