La Gazette Drouot
Une toile de Willy Eisenschitz
EN RÉGIONS / Bien articulé

Willy Eisenschitz construit son regard sur la nature au fil de séjours dans le sud de la France, au gré de la lumière du Midi. Coloré et expressif.

L’école de Paris, ainsi définie en 1925 par le critique d’art André Warnod, réunit en fait des artistes d’horizons divers formant un atelier cosmopolite, comme Picasso, Modigliani, Van Dongen, Foujita… Les peintres originaires d’Europe centrale forment aussi un foyer d’art très actif. Parmi eux, Willy Eisenschitz, fils d’un avocat autrichien. Après avoir étudié aux beaux-arts de Vienne, le jeune homme gagne Paris afin d’y perfectionner ses études artistiques. Accueilli par son oncle, Otto Eisenschitz, grand collectionneur et beau-frère du philosophe Henri Bergson, le jeune homme bénéficie d’emblée d’un milieu culturel où fusent les idées d’avant-garde. Fréquentant la Grande Chaumière, il peint des vues de Paris et du canal Saint-Martin, où se lisent les leçons de l’impressionnisme. Il y rencontre aussi Claire Bertrand, une jeune artiste qu’il épouse en 1914. Souffrant trois ans plus tard d’une tuberculose, l’artiste part en Suisse. Revenu à Paris, il découvre en 1921 la Provence et ressent un réel choc sensoriel face à l’inimitable lumière du Sud. Il poursuit son périple sur la Côte d’Azur, puis sur la Riviera italienne. Admirant les vues de l’Estaque, de la montagne Sainte-Victoire, Willy Eisenschitz, en grand observateur de la nature, comprend mieux l’oeuvre de Cézanne, qui a remis en question l’espace pictural et la couleur. Malheureusement atteint en 1923 d’une rechute sévère, il doit vivre en montagne et choisit les alpes drômoises, portes de la Provence. Après Mollans-sur-Ouvèze, il s’établit à Dieulefit, réputé pour la pureté de l’air et son centre pulmonaire. Dessinant et peignant sur le motif, Willy Eisenschitz sillonne la campagne, s’enthousiasme pour les paysages pittoresques des environs. Abandonnant les procédés impressionnistes, il met au point une peinture très expressive, qui lui vaut un succès certain lors d’une première exposition personnelle organisée, en 1926 à Paris, aux cimaises de la galerie Joseph Billiet. Datant de cette époque, notre vue représente un village pourvu de remparts, perché au coeur des monts et des vignobles provençaux. Bien équilibré, le tableau, structuré par plans successifs, est bâti avec une rigueur librement adaptée du cubisme. Imposant un rythme allègre, les lignes dessinent les divers éléments de la composition avec une nette tendance à la stylisation. De grandes touches vigoureuses et «emboîtées» charpentent les formes, tout en captant la lumière. Willy Eisenschitz orchestre avec une même habileté de brillants accords d’ocres, de jaunes, de verts, de bleus et de mauves. Guéri, le peintre s’installe dès l’année suivante à La Valette-du-Var, proche de Toulon, où, avec l’écrivain Aldous Huxley, il participera activement à la vie artistique. Dieulefit, qui lui a permis d’élaborer un style très personnel, ne sera pas oublié par autant. Durant la Seconde Guerre mondiale, ce bourg lui servira de refuge ; sous le pseudonyme de Villiers, il représentera à nouveau des paysages drômois, aux tonalités plus sourdes, et réalisera des illustrations pour des ouvrages de son ami Jean Giono.

eisenschitz

Willy Eisenschitz (1889-1974),
Village animé dans la Drôme, 1926, huile sur toile, 89 x 116 cm.

QUAND ?
Vendredi 18 décembre 2015



OÙ ?
Marseille. Leclere - Maison de ventes SVV


COMBIEN ?
Estimation : 28 000/30 000 euros

La Gazette Drouot n° 43 du vendredi 11 décembre 2015 - Chantal Humbert


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