La Gazette Drouot
Cuivres gravés originaux de Bordeaux et ses vins
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La vie de château
Vous connaissez ses précieux nectars, voici un ensemble de cuivres gravés représentant
les châteaux du Bordelais publiés dans le plus célèbre des guides sur le sujet. Joie !

La palme revenait à 3 800 € à la plaque représentant les grâces néoclassiques de château Margaux.
Plus modeste dans ses proportions, le château Latour empochait 3 500 €, les plaques de pauillac se signalant également avec les 2 300 € de la représentation du château Lafite-Rothschild et de celle de Mouton-Rothschild. Pour Haut-Brion, il fallait compter 2 800 € et 2 600 pour la Mission-Haut- Brion. Pour les saint-émilion, le château Ausone émergeant de ses vignes (6,2 x 8,8 cm) culminait à 2 500 €. La plus belle envolée concernait à 2 600 € un cuivre (7 x 9 cm) estimé 250 €, une villa algérienne à Arès, témoignant de l’existence d’un vignoble éphémère au cap Ferret.
Cuivres gravés originaux de Bordeaux et ses vins, Cocks et Féret,
6,2 x 8,8 cm environ.
Vendredi 18 décembre 2009,
hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV.

Il est né en 1846, mais il se porte comme un jeune homme, notre guide recensant les vins du Bordelais. Pour preuve, du haut de ses cent soixante-trois ans, cette star de l’édition n’est plus nommée pas son titre, mais qui ne connaît pas "le Féret" ?
Notre ouvrage a vu le jour au milieu du XIXe siècle, sous la plume d’un certain Charles Cocks, un Anglais professeur agrégé, installé à Bordeaux à partir de 1840. Publié à Londres en 1846, Bordeaux : its wines and the claret country présente à la fois les aspects historiques et touristiques de la région et comporte quatre-vingt-quatre pages d’observations et de jugements sur le vignoble et les nectars bordelais. Nos amis d’outre-Manche apprécient.
Quatre ans après la version anglaise, une première édition française est enfin disponible, grâce à Michel-Édouard Féret, fils du fondateur de la librairie du même nom installée dans la belle cité des bords de la Garonne depuis 1812. Ainsi paraît en 1850 Le Guide de l’étranger à Bordeaux et dans la Gironde. Le premier Féret. Référence pour les professionnels et pour les amateurs, l’ouvrage se présente comme un annuaire des propriétaires, donne des informations sur les productions moyennes, en vin rouge et en vin blanc, et éclaire souvent d’un petit texte les célèbres margaux, latour, petrus, cheval-blanc, yquem et autres mouton-rothschild. Un bonheur n’arrivant jamais seul, dès la deuxième édition, en 1868, le guide est illustré de vignettes montrant des vues de châteaux du Bordelais. Soit 450 gravures sur cuivre – aujourd’hui sous le feu des enchères – en majorité dues à un artiste de la région, Eugène Vergez. Petites, mais fort détaillées, ces images permettent de visualiser, et ainsi d’identifier, les propriétés.
Que rêvez de plus ? L’accent est mis sur l’édifice et sur ses environs immédiats, à savoir un vignoble, mais aussi un chemin emprunté par un chariot à boeufs, un véhicule hippomobile ou quelque personnage. Les bâtiments des XVIe et XVIIIe siècles voisinent au fil des pages avec des villas palladiennes, de style baroque ou néogothique, des entrepôts industriels du XIXe, des maisons de maître, des châteaux forts ou des copies du Petit Trianon...
Plus que des capricci, nos «cartes postales» constituent un élément déterminant du patrimoine du vin de Bordeaux.
Petit volume au départ, le Féret grossit au gré des éditions, jusqu’à devenir une véritable encyclopédie. Déjà une bible, bientôt un mythe ! Neuf parutions en anglais, en français et en allemand voient le jour entre 1868 et 1898.
La dix-huitième édition française a paru en 2007. Bref, aucun vignoble au monde ne possède un tel outil, dont le succès souvent jalousé n’a jamais été égalé. À produit d’exception, ouvrage d’exception... Le succès des vins de Bordeaux repose sur une trilogie incontournable : un terroir, un savoir-faire, une histoire. Cette dernière est presque deux fois millénaire, les notables de l’antique Burdigala ayant décidé de créer leur propre vignoble pour faire face au prix élevé des vins de Narbonne et d’Italie, puis d’exporter eux-mêmes par voie maritime. Les premiers ceps sont observés un siècle après Jésus-Christ. Le poète Ausone aurait possédé, au IVe siècle, une villa et des vignes à Saint-Émilion. Et déjà, la chose intéresse nos amis anglais... Les alluvions de la Garonne, les collines argilo-calcaires et les sols profonds constituent des terrains parfaits.
Devenue duché anglais au XIIe, l’Aquitaine développe son commerce vinicole, tandis qu’au siècle suivant des privilèges fiscaux importants sont accordés aux négociants bordelais. Ceux-ci plantent de la vigne à tour de bras... Ce n’est qu’au XVIe siècle qu’apparaissent les exploitations agricoles proches de celles d’aujourd’hui. Bientôt des châteaux... plus sûrs que ceux bâtis en Espagne.
Claire Papon
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