La Gazette Drouot
Une miniature de Jean-Baptiste-Jacques Augustin
À PARIS / An V

Soulignée par l’épigramme «Jamais tant de douceur n’embellit tant d’appât», cette miniature de Jean-Baptiste-Jacques Augustin a été exécutée en 1796, année de la pleine reconnaissance de l’artiste.

Certains reprochent à Jean-Baptiste-Jacques Augustin de ne pas toujours mettre en valeur les charmes de ses modèles, plus particulièrement féminins. Une critique bel et bien démentie par notre portrait, où cette charmante jeune femme minutieusement couronnée de fleurs affiche une douceur mélancolique, rehaussée par sa vêture à l’antique, au goût de l’an V. En cette année 1796, l’artiste, à qui personne n’a jamais osé contester la maestria de sa technique, triomphe au Salon avec son autoportrait, qui récolte des louanges appuyées. On en jugera par La Critique du Salon ou les tableaux en Vaudeville : «Jean Augustin, en vérité, à l’ivoire a donné la vie : il respire le sentiment, ce portrait que tout le monde aime. Pour peindre l’auteur dignement, je crois qu’il faut être lui-même.» Du côté des Étrivières de Juvénal, ou satire sur les tableaux exposés au Louvre, on estime que l’artiste s’est surpassé : «Ton portrait est peint comme un ange, et l’on peut dire à ta louange qu’Isabey seul t’a devancé», la référence au très renommé miniaturiste n’étant pas anodine.
Déjà en 1793, Delécluze, un ancien élève de onde par l’exercice de son art». L’Autoportrait d’Augustin au Louvre se distingue par sa grande taille – 18,5 cm de haut –, l’obligeant, comme le fait également Isabey, à incruster dans un carton les plaques d’ivoire dépeignant le visage et les mains, les raccords étant minutieusement dissimulés par des touches à la gouache.
En effet, une plaque d’ivoire de grandes dimensions ne peut pas être utilisée, car elle risque, à la longue, de se fendre. Notre miniature est pour sa part d’une taille raisonnable, rendant encore plus remarquable la délicatesse du rendu de la carnation, dont le moelleux contraste avec les effets moirés des étoffes ou l’éclat, plus froid, du métal du bracelet emperlé. La jeune femme pourrait être une nymphe ou une déesse, mais son visage n’affiche pas les traits idéalisés alors en vogue pour ce type de sujets. Non, il s’agit d’un véritable portrait dont le caractère précieux est renforcé par sa présentation dans une monture en or, sur la tranche de laquelle est finement gravé «Jamais tant de douceur n’embellit tant d’appât».
À l’heure des «selfie» aux commentaires hâtifs et abrégés, on peut éprouver une certaine nostalgie de ces poétiques hommages. La charge érotique, sous-entendue par le sein dévoilé, est confirmée, non sans grâce, par l’écrit. C’est durant la période révolutionnaire et les années qui suivirent que notre miniaturiste a acquis la notoriété qui allait lui permettre de portraiturer aussi bien les membres les plus éminents de la cour impériale que de celle de Louis XVIII. Une gageure pour un artiste qui, ayant fait ses débuts à Saint-Dié, se prétendait autodidacte bien qu’il ait sans doute été formé par des maîtres lorrains.
Augustin arrive à Paris en 1781 et travaille d’abord pour un peintre en émail et miniatures. Son habilité est aussitôt remarquée... et sera confirmée avec éclat en 1796, de manière officielle par son autoportrait et, de façon plus intime, par notre jeune beauté.

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Jean-Baptiste-Jacques Augustin
(1759-1832), Jeune Femme couronnée de fleurs, 1796, gouache, monture en or postérieure,
diam. 7,3 cm, écrin en maroquin vert doré aux petits fers.


QUAND ?
Mercredi 18 novembre 2015



OÙ ?
Salle 4 - Drouot-Richelieu.
Oger - Blanchet SVV.


COMBIEN ?
Adjugé 19 000 €

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Détail
La Gazette Drouot n° 39 du vendredi 13 novembre 2015 - Sylvain Alliod


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