La Gazette Drouot
Objectif lune - Hergé
Hergé et l’exploration lunaire

Au début des années 1950, Tintin et ses amis s’envolaient vers la Lune.
Objectif Lune était aussi une aventure... prémonitoire. Petit reportage sur l’univers hergéen.

Sous toutes les latitudes terrestres, la Lune n’a cessé d’inquiéter et de faire rêver les hommes. Lumière de la nuit, le satellite de la Terre accroche le regard et enflamme l’imagination : au IIe siècle de notre ère, Lucien de Samosate y fait déjà débarquer un vaisseau porté par une vague géante. Sous le règne de Louis XIV, le valeureux Savinien Cyrano de Bergerac imagine États et Empires de la Lune et du Soleil, mêlant critique de la société de son temps, humour et quelques éléments scientifiques. Les poètes célèbrent l’astre de la nuit et, depuis que la lunette de Galilée l’a presque mis à portée de l’homme, les savants osent envisager d’y poser le pied. Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong réalise cet exploit. Auparavant, Jules Verne avait vulgarisé les recherches sur le voyage spatial, puis les astrophysiciens Werner von Braun et Hermann Oberth avaient conçu puis fabriqué la V2... et un sympathique reporter belge se retrouvait avec ses amis embarqué dans une fusée, qui ressemble fort à cet engin. Pour cette aventure prépubliée dans le journal Tintin à partir de 1950 et objet de deux albums, parus en 1953 et 1954, Hergé décide d’être le plus rigoureux possible. Il amasse une documentation importante, fait réaliser des maquettes et interroge des scientifiques, tel Bernard Heuvelmans. Une lettre datée de septembre 1947 atteste de l’intérêt que le dessinateur portait à ce projet depuis quelque temps : Heuvelmans fait allusion à cette première mouture, scénario qu’il conçoit avec Jacques van Melkebeke, rédacteur en chef de Tintin. On y trouve une enquête policière, des bons et des méchants, des gags, mais rien de la poésie apportée par Hergé à ses histoires créées pour le héros et sa bande.

tintin
© Hergé – Moulinsart 2012

Estimation : 10  000/12 000 euros.
Objectif Lune, Casterman, 4e plat B23, édition de 1957 ;
album dédicacé par Hergé et les astronautes d’Apollo 11,
Buzz Aldrin, Neil Armstrong et Michaël Collins.

Dimanche 18 novembre, salle 5 - Drouot-Richelieu. Piasa SVV. MM. Mellot, Embs.

Cependant, le réalisme documentaire est conservé et rendra les péripéties plus crédibles, tout en gardant le côté fantastique de ce voyage extra-terrestre. Tryphon Tournesol, authentique savant, se révèle chef de mission. Hergé ne peut le trahir en inventant des théories ou des engins totalement dépourvus de probabilité scientifique. Il demanda donc à son ami Heuvelmans, en novembre 1949, de lui fournir une documentation sur des points précis. «Je crois que l’heure est venue de songer à envoyer Tintin dans la Lune [...] Pourras-tu me procurer la documentation à ce sujet ? Surtout graphique et photographique»... Celle-ci porte sur les usines atomiques et les dispositifs de surveillance, sur la fusée lunaire (pour sept personnes et un chien) et sa disposition intérieure. Hergé veut certes être précis, mais il ne veut pas ennuyer ses lecteurs (de 7 à 77 ans, comme vous le savez). L’humour repose sur les personnages du capitaine Haddock et des Dupondt, avec leur réparties hors sujet. Il fignole l’intrigue, ajoutant par exemple deux mystérieux ennemis, et dans On a marché sur la Lune, les retrouvailles avec le colonel Jorgen, alias Boris et ancien aide de camp du roi de Syldavie, et la révélation du nom du traître de l’équipe. Mais c’est en s’aidant du sérieux scientifique qu’Hergé a su rendre les sentiments humains de la conquête de l’espace bien avant qu’ils aient eu cours. Aldrin, Armstrong et Collins, ainsi que toute l’équipe de la NASA restée sur terre ont dû ressentir l’angoisse du départ et des préparatifs de l’alunissage, la formidable émotion des premiers pas sur la Lune et des bonds dus à l’apesanteur, la joie et la fierté des techniciens. Même si leur fusée ne ressemblait pas à celle empruntée par Tintin et ses amis, le fabuleux engin au damier rouge et blanc, tout de même inspiré des véritables V2, est encore présent dans l’imaginaire... En 1969, Hergé dessine Tintin, le capitaine Haddock (qui brandit une pancarte «Welcome»), Milou et le professeur Tournesol, tous revêtus de leur scaphandre pour accueillir l’astronaute éberlué, avec la fameuse fusée à l’arrière-plan. Il offre cette planche à Neil Armstrong en lui écrivant : «En croyant en ses rêves, l’homme les transforme en réalité.» L’astronaute, décédé cette année, et Georges Rémi peuvent imaginer une nouvelle frontière... la planète Mars.
La Gazette Drouot n° 39 - 9 novembre 2012- Anne Foster


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