La Gazette Drouot
?Une pendule �Giganto-Duoplan� de Jaeger
À PARIS / Gigantesque !

Rien n’arrête la publicité, surtout lorsqu’il s’agit de faire la promotion d’un chef-d’oeuvre de miniaturisation horlogère. Une plongée dans les rouages d’un mouvement.

Le duoplan ? À une époque où l’épopée aérienne était autant un sport de gentleman qu’un enjeu économique et stratégique, ce terme aurait pu désigner un type d’aéronef destiné à faire franchir un nouveau pas à l’humanité.
Il n’en est rien. Plutôt qu’un vaisseau affichant plusieurs mètres d’envergure et une imposant moteur à cylindre en étoile, notre mot désigne une bien plus petite mécanique...
pour la femme élégante. Dans les années 1920, sa silhouette est longiligne et, pour ne pas la briser, la montre s’affine, s’inscrivant dans un délicat bracelet qui s’apparente davantage à un bijou qu’à une montre. Or, la forme ronde des mouvements et leur taille imposent des limites à la créativité des joailliers. Qu’à cela ne tienne, la maison LeCoultre décide de développer un mouvement rectangulaire de petite taille. Tout le problème réside dans le fait que la miniaturisation du mouvement entraîne une perte de fiabilité, notamment due à la réduction du balancier. Jacques-David LeCoultre (1875-1948) – petit-fils du fondateur de la manufacture, Antoine LeCoultre, décédé en 1881 – a l’habitude de relever les défis. En 1903, un certain Edmond Jaeger (1858-1922), horloger parisien de la Marine française notamment spécialisé dans la micromécanique, l’avait contacté pour fabriquer des calibres ultraplats de son invention. Les deux hommes deviennent amis et donneront naissance à toute une série de merveilles horlogères, dont, en 1907, le LeCoultre 145, un calibre extraplat d’1,38 mm d’épaisseur, un record ! Il faudra attendre 1937 pour que la marque prenne le nom de Jaeger-LeCoultre, soit douze années après l’invention du duoplan... Le principe de ce dernier consiste à répartir les éléments du mouvement sur deux niveaux, pour conserver la plus grande taille possible au balancier. La légende veut que cette disposition ait été imaginée durant la Première Guerre mondiale dans les tranchées, par Henri Rodanet, futur directeur technique de Jaeger. Aurait-il été inspiré par les biplans qui survolaient les champs de batailles ? Les montres duoplan, parmi les premières à être serties en acier, vont bénéficier d’un service après-vente tout particulier. Assuré par la Lloyd’s, leur mouvement, s’il est endommagé, est durant deux ans remplacé gratuitement en quelques minutes. À tel point qu’un détaillant londonien avait affiché dans sa vitrine : “Durant la réparation de votre montre, vous n’aurez pas le temps de terminer votre cigarette”... Le succès de la montre baguette est mondial. La manufacture ne s’arrête cependant pas en si bon chemin et poursuit, sur la base du duoplan, ses recherches dans la miniaturisation. En 1929, nait le calibre 101, le plus petit mouvement mécanique jamais réalisé : 74 composants (98 de nos jours) réunis dans un rectangle de 14 mm de long, 4,8 de large et 3,4 d’épaisseur... le tout pesant moins d’un gramme.
Notre duoplan affiche pour sa part un poids et des mensurations hors normes. Il s’agit d’une version publicitaire géante du mouvement, qui permet de détailler les rouages de ce must horloger. Et, en plus, elle donne l’heure ! Qui dit mieux ?

soto

Jaeger, pendule giganto-duoplan, vers 1938, calibre mécanique à remontage manuel Jaeger, 30 x 12 cm.

QUAND ?
Vendredi 18 octobre 2013

 

OÙ ?
Salle 3, à 13 h 30 – Drouot-Richelieu.
Pestel - Debord SVV. M. Guyon.

COMBIEN ?
Estimation : 4 000/6 000 euros.

La Gazette Drouot n° 34 - 11 octobre 2013- Sylvain Alliod


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