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| Comme une renaissance
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Une toile peinte au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par Foujita témoigne
de son goût précoce pour les oeuvres de la Renaissance italienne. Le passé pour avenir... |
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| Tsuguharu Foujita voulait que le “monde des peintres japonais rejoigne celui des peintres d’Occident”. Dès ses premières années de formation, il fut attiré par l’art occidental, en particulier par les oeuvres des artistes italiens des XVe et XVIe siècles. Après la France, en 1913, il prend dès la fin de la guerre la direction de Rome. Ce voyage, comme les suivants, sera décisif dans son travail. Il influencera profondément aussi bien sa technique que sa thématique, sa vie même, puisque Tsuguharu se fera baptiser “Léonard” en 1959, dans la cathédrale de Reims, en l’honneur du maître de la Renaissance italienne. Si ses deux cultures sont le plus souvent également perceptibles dans les oeuvres de Foujita, notre toile affiche un net penchant. Le trait du calligraphe japonais est toujours là, précis et acéré, mais la palette et les canons occidentaux dominent. Les couleurs utilisées, toutes dans la gamme des ocres, sont celles des fresques de la Renaissance, tandis que les personnages présentent des silhouettes maniéristes. La douceur botticellienne de la jeune femme au profil aquilin, au long cou et au front bombé à l’image des madones florentines, se confronte au réalisme tourmenté du nu masculin, proche des personnages de la chapelle Sixtine, monumental legs de Michel-Ange. Quant au charmant petit angelot, il semble tout droit sorti d’une oeuvre de Raphaël. Une inscription indique que ce tableau fut exécuté en 1946 à Tokyo, de mémoire... Son modèle ? L’ensemble des chefs-d’oeuvre de la Renaissance. Foujita, semble-t-il, a regroupé sur cette toile tous ses souvenirs italiens. Il faut dire qu’elle occupe une place particulière dans sa production, à une époque charnière de sa vie d’homme et d’artiste. |
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Estimation : ?70 000/80 000 euros.
Léonard Tsuguharu Foujita (1886-1968),
Painting from Memory, 1946, huile sur toile signée,
datée et située à Tokyo. 46 x 33,5 cm.
Saint-Raphaël, samedi 18 juin 2011. Var-Enchères - Arnaud Yvos SVV. |
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| Nous sommes, donc, en 1946. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Tsuguharu Foujita, accompagné de son épouse, a rejoint son pays natal afin d’éviter les bombardements parisiens. Mais dès son arrivée, il était enrôlé par l’armée nippone et contraint de devenir son peintre officiel. Il ne peint alors, et durant plusieurs années, qu’une seule chose : des compositions militaires de propagande. Après la déroute de l’empire du Soleil et les attaques nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, Foujita se réfugie dans un petit village proche de Tokyo, Fujino. D’aucuns le pensent disparu, des journaux français annoncent même sa mort. Informé de la fin de la guerre par un jeune soldat américain admiratif de son travail, Foujita se décide à retourner à Tokyo, dans une maison au milieu des décombres de la ville. Il ne peint plus et tremble à l’idée qu’on l’arrête. Un homme va le sortir de son isolement, américain encore : Frank Sherman. Devenu le bras droit du général MacArthur, ce journaliste et peintre est responsable au Japon de la section des beaux-arts et des artistes au sein des services de l’Information et de l’Éducation. Les deux hommes se sont connus à Montparnasse au début du siècle, où ils suivaient les mêmes cours à la Grande Chaumière. Sherman le protège, tente de lui obtenir des papiers pour regagner la France et, surtout, l’incite à se remettre à la peinture. Pour renaître en tant qu’artiste, Foujita se replonge dans ses souvenirs de voyages, revoit les plus belles expressions de la Renaissance italienne. Léonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël se retrouvent condensés en une seule oeuvre, accumulation de flash-backs comme autant de visions cachées au plus profond de lui. Au dos de notre toile, son titre, écrit en anglais : Painting from Memory. Est-ce la main de Frank Sherman qui a tracé ces quelques mots ? Ce tableau l’aurait-il suivi aux États-Unis ? La toile est en tout cas inscrite au catalogue raisonné de Foujita, en 1987, sous le numéro 46.01. La spécialiste Sylvie Buisson ne la connaissait qu’en photo, elle a désormais pu l’authentifier et lui signer son certificat en date du 9 avril 2011. Atypique, Painting for Memory se présente aujourd’hui aux enchères comme une oeuvre (re)fondatrice du travail d’un artiste profondément marqué par la guerre, cherchant à se reconstruire dans l’intemporalité. |
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| La Gazette Drouot N°23 - 10 juin 2011 - Caroline Legrand |
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