La Gazette Drouot
Une tapisserie de la Manufacture royale de Beauvais vers 1750
À PARIS / La Chine, jardin d’éden

Ou quand les Européens, fascinés par le lointain empire, lui associent tous les plaisirs et voluptés.
Visite avec François Boucher, grâce à une tapisserie.

Le goût de la Chine se développe en France sous le règne de Louis XIV pour des raisons historiques et commerciales, mais aussi pour les porcelaines et laques importées. La Tenture de l’histoire de l’empereur de Chine, dite aussi «Première tenture chinoise», fut tissée à la manufacture de Beauvais à la fin des années 1680-début des années 1690 et remise sur les métiers à tisser jusqu’en 1730. Son iconographie développe certains aspects de la cour impériale, inspirés par les récits des missionnaires. Le style est majestueux, dans l’esprit du goût de Louis XIV. Lorsque la manufacture royale fait appel à François Boucher pour fournir les dessins de la «Seconde tenture chinoise», le rococo règne en maître ; grâce, légèreté et joie de vivre sont les mots d’ordre d’une nouvelle société versée dans la fête et le raffinement de son cadre familier. La Chine fait rêver. L’artiste transporte aisément des scènes bien françaises à la cour du «Fils du ciel». Dès 1742, Boucher avait exposé des «Esquisses de différents sujets Chinois pour être exécutez en Tapisseries à la Manufacture de Beauvais», conservées aujourd’hui au musée de Besançon. Six sujets seront repris pour la «Seconde tenture chinoise» : le Repas, la Danse, la Foire, la Pêche, la Chasse et le Jardin, qui sera intitulé par la suite La Toilette. Le peintre pouvait s’inspirer de ses propres collections : il avait réuni, à partir des années 1737-1738, des laques, des porcelaines et autres curiosités du Japon ou de la Chine. Les Goncourt notent avec justesse qu’il devait «faire de la Chine une des provinces du rococo». Jean-Joseph Dumons, qui avait collaboré à la première tenture, assiste Boucher pour la seconde. La première suite fut tissée en 1743, la dernière en 1775, souvent composée de deux ou cinq tapisseries. Les seules complètes sont exécutées pour Louis XV, dont une est envoyée à l’empereur de Chine par l’intermédiaire de deux chinois convertis. L’un d’eux, Étienne Yang, rapporte dans une lettre le plaisir impérial à la vue de ce cadeau : « Ô les belles choses ; il n’y en a pas de pareille dans mon empire. Ce fut comme un jour de fête à la cour.» Le succès sera aussi au rendez-vous en Europe, puisqu’on en connaît une cinquantaine d’exemplaires. De fait, les scènes évoquent davantage des pastorales inspirées de Watteau que des aspects plus ou moins réels de la vie en Chine. L’empereur n’est plus identifiable, étant revêtu de vêtements chinois fantaisistes. Il s’est transformé en aimable aristocrate entouré de jolies personnes, comme la blonde pêcheuse, qui lui présente un gros poisson, et la jeune suivante tenant un parasol, dont se saisit le bel homme à la robe soyeuse d’un rouge lumineux. Une pagode à l’arrière-plan est là pour attester que la scène se passe dans l’Orient lointain. Sans conteste, le jugement de Diderot à propos d’une autre oeuvre de Boucher, en 1761, peut s’appliquer à cette tapisserie : «Quelles couleurs ! Quelle variété ! Quelle richesse d’objets et d’idées ! Cet homme a tout, excepté la vérité».

beauvais

Manufacture royale de Beauvais, vers 1750. La Pêche, tapisserie en laine et soie, d’après la seconde tenture chinoise de François Boucher, 280 x 228 cm.


QUAND ?
Mercredi 18 mai 2016


OÙ ?
Salle 1 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. Mme Floret


COMBIEN ?
Estimation : 10 000/15 000 euros

La Gazette Drouot n° 19 du vendredi 13 mai 2016- Anne Foster


http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp