La Gazette Drouot
Un bronze de Auguste Rodin
En région / Débâcle en Flandres

Cette spectaculaire scène de genre fait revivre l'histoire de la Belgique, au début de la Grande Guerre.
Attention, qualité muséale !

Le réalisme, puis l'impressionnisme attaquent sérieusement, au XIXe siècle, la peinture d'histoire. Noble entre tous, ce genre ordonne d'amples compositions déployant de fortes potentialités narratives. Après une brillante carrière cosmopolite, Charles Verlat revient en 1877 à Anvers, où, nommé professeur, puis directeur de l'Académie royale, il transmet aux étudiants ses aspirations épiques. Créant de spectaculaires panoramas, il campe avec Louis van Engelen les batailles de Waterloo et de Bapaume, qui enthousiasment le public. En 1882, le maître et l'élève partent en Russie, où ils installent un panorama de La Ville de Moscou. Après avoir étudié aux beaux-arts de Lierre, sa ville natale, le jeune Engelen complétait ainsi sa formation à la prestigieuse institution anversoise, en compagnie de Piet, son frère cadet. Suivant les principes de l'école moderne, il pratique volontiers le plein air. Sur les rives de l'Escaut et du Rupel, il représente des paysages au vif du quotidien, tels des patineurs s'adonnant aux joies hivernales. Ses compositions transcrivent aussi des scènes de genre bien enlevées, à l'image d'une réunion au café-restaurant Belvédère réunissant toute la fine fleur anversoise. Bien intégré au milieu artistique flamand, Louis van Engelen appartient au cercle Als ik Kan («Si je peux», la devise du peintre Jan van Eyck), qui organise de nombreuses expositions en Europe, apportant à l'artiste une réputation internationale. À la même époque, il exécute un vaste tableau aujourd'hui dans les collections du musée Red Star Line, à Anvers. On y voit des Émigrants belges partant chercher fortune aux États-Unis. Notre toile reprend un thème semblable, mais en plus poignant. Proposée en bon état, elle a appartenu à une famille flamande qui a vécu les premiers mois de la Grande Guerre et connu l'exode. Le 4 août 1914, l'Allemagne viole la neutralité de la Belgique et envahit le pays. Après plusieurs semaines de résistance, Anvers capitule en octobre. Une foule d'Anversois, craignant les bombardements, emprunte le pont mobile construit par l'armée belge pour rejoindre l'autre rive de l'Escaut. Louis van Engelen, toujours attaché au grand style, dépeint un vaste mouvement de population mêlant des gens de tous âges, de toutes conditions. Massés et pressés sur les chemins, ils emportent avec eux animaux, bagages et victuailles. S'alliant à un sens aigu de l'observation, l'emploi intensif des verts, des bleus et des gris enveloppe la scène d'une atmosphère mélancolique. Sans céder aux tentations du flou, l'arrière-plan est toutefois travaillé selon la technique impressionniste ; on y devine la haute tour de la cathédrale Notre-Dame dominant la ville. Au premier plan, divers personnages se détachent : une mère et ses deux filles, une dame de qualité bichonnant son petit chien tandis que sa suivante porte la valise… Derrière, une charrette et une jeune femme allaitant un bébé sont traitées avec un réalisme et une saveur picturale hérités des Flamands du siècle d'or. Voilà un admirable réalisme fait d'émotion retenue.

Louis van Engelen (1856-1940),
L'Exode des Anversois, 1915,
huile sur toile, 130 x 245 cm.

QUAND ?

Samedi 18 avril 2015

OÙ ?
Nice. Hôtel des ventes de Nice Riviéra SVV.
Mme Maréchaux-Laurentin.

COMBIEN ?
Estimation : 7 000/10 000 €.

La Gazette Drouot n°14 du vendredi 10 avril 2015 - Chantal Humbert


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