La Gazette Drouot
Une théière en argent
À PARIS / Plaisir du palais

Le thé comme un vulgaire bouillon se contentait jusque-là d’une petite marmite. Originaire de Chine,
la théière apparaît en France au XVIIIe siècle. Petite histoire.

Le thé en guise de médicament, étonnant, non ? C’est pourtant sous cette forme qu’il fait son apparition, timidement, en 1602, quand les marins de la Compagnie des Indes hollandaises l’adoptent comme breuvage médicinal.
L’Angleterre les imite bientôt. À leur tour, les Français se lancent sur les océans pour importer ces feuilles venues de la Chine, où elles sont consommées depuis la dynastie Song (960-1279). La boisson est chère, réservée aux classes les plus élevées. Dans la bourgeoisie, son usage est carrément jugé indécent ! Si Louis XIV possédait trois théières, on sait que ce n’est que vers 1740 que le thé détrône le café. Le terme de “théière” fut mentionné dès 1715, mais il semble que le teint de lait des verseuses en porcelaine lui ait fait de l’ombre, les orfèvres parisiens confectionnant d’ailleurs plus de théières pour le marché étranger. Il faut attendre la fin du siècle des Lumières pour que la consommation de thé se généralise en France.
À son apparition, la décoction est préparée comme en Chine, où les feuilles jetées dans une coupelle sont recouvertes d’eau bouillante et l’infusion, stimulante et vivifiante, bue à même le récipient. La coupelle cède la place au XVIIe siècle à une sorte de bouilloire ou verseuse métallique. Toutefois, on ne peut parler de théière, en
l’absence de filtre à la naissance du bec verseur. Un inventaire de 1673 fait mention d’une “marmite” servant à préparer le thé, mais aussi les bouillons ! Vers 1720, la théière acquiert sa silhouette, héritée des verseuses à eaux-de-vie chinoises en porcelaine : trapue, fortement renflée, avec ou sans pied, munie d’un couvercle s’ouvrant perpendiculairement à l’anse. Son long bec incurvé placé au bas du récipient se termine souvent en tête d’animal ; un motif prisé jusque sous l’Empire, de Saint-Omer à Marseille en passant par Bordeaux, Mulhouse ou Lille. À la naissance du bec, une plaque soudée munie de petits trous retient les feuilles, certains orfèvres optant pour une petite passoire à suspendre à l’anse ou au-dessus de la tasse. Le couvercle à charnière, bombé, est surmonté d’une prise – en bois, en ivoire ou en argent – simple bouton ou fleur épanouie, tandis qu’une anse sinueuse lui fait écho dans le même matériau. Au début du XIXe siècle, la théière perd ses rondeurs, sa silhouette s’allongeant sur le modèle de sa cousine, la cafetière. Une poignée courbe la différencie de la chocolatière, dont la longue anse, habituellement horizontale, permet de se tenir éloigné du réchaud sur lequel on prépare l’onctueuse boisson venue d’Amérique centrale. Autre différence : le bouton, fixe sur la théière, devient mobile sur la chocolatière afin de laisser passer un moussoir en bois permettant de mélanger la boisson. Des services à thé comprenant plateau, théière, boîte à thé, passoire, pot à lait et sucrier voient même le jour. Des pinces à sucre, cuillers à mesurer le thé... viennent transformer cette mode venue d’Angleterre en une véritable cérémonie. Ah, les prologues du plaisir !

théière

Henri Louis Le Gaigneur.
Théière en argent à décor d’entrelacs et coquilles, manche en bois sculpté d’un personnage, bec verseur
se terminant par une tête de chien,
Saint-Omer, vers 1760. 716 g.

QUAND ?
Jeudi 18 avril.

OÙ ?
Salle 9 - Drouot-Richelieu. Fraysse
& Associés SVV. M. de Sevin.

COMBIEN ?
Estimation : 60 000/80 000 euros.

La Gazette Drouot n° 14 -11 avril 2013 - Claire Papon


http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp