La Gazette Drouot
Décor de l'Hôtel Marignan
Un décor quatre étoiles
La course à l’excellence contraint l’hôtel Marignan Champs-Élysées à revoir son aménagement. L’occasion d’acquérir des pièces précieuses et délicates d’Olivier Gagnère...
Depuis quelques années, Paris n’a de cesse d’étoffer son offre d’hôtels haut de gamme. Eh oui, par rapport aux grandes métropoles étrangères, la capitale du luxe, de la mode et d’un certain art de vivre accusait un retard en la matière. Sachez que désormais, les clients de ce type d’établissements veulent de plus en plus d’espace et un service sur mesure. Exit les chambres clapiers, même tendues d’étoffes précieuses et étincelantes de cristal ! C’est pour cette raison qu’un des rares hôtels familiaux de cette catégorie, le Marignan Champs-Élysées, s’apprête à opérer une mue, passant de 73 à 50 chambres et suites plus exclusives. Nathalie Richard, propriétaire et directrice de l’endroit, ajoute : “La récente classification hôtelière a introduit une nouvelle donne qui nous oblige à un repositionnement. Sans oublier que les nouvelles normes en matières de sécurité et d’accès des handicapés nécessitent de revoir notre copie avant 2015”. Dont acte. La bonne nouvelle pour les amateurs de design haute couture, c’est qu’en 2006, la famille Richard avait fait appel à Olivier Gagnère pour l’aménagement des espaces communs. Et tout doit disparaître ! Une occasion unique de saisir un ensemble de luminaires créés par le designer pour Véronèse, mais aussi tout un mobilier spécifiquement dessiné, réalisé par la maison Counot Blandin, basée à Liffol-le-Grand, dans les Vosges, la “capitale” française du siège. Bien entendu, les étoffes qui les recouvrent sortent également de chez les meilleurs faiseurs. “L’idée était de créer un cadre intimiste, précieux, raffiné, explique Olivier Gagnère, il fallait qu’on ait l’impression d’entrer dans une maison, pas dans un hôtel.” Nathalie Richard précise : “Il y avait une accumulation de plusieurs ambiances, les espaces publics étaient éclectiques. Nous avons fait appel à Olivier pour redonner une cohérence à tout ça. C’est quelqu’un qui sait donner une touche contemporaine tout en mettant en valeur des éléments historiques”.
Lundi 18 avril 2011, 12, rue de Marignan, 8e arrondissement.
Mathias SVV, Baron - Ribeyre & Associés SVV, Farrando - Lemoine SVV.
La partie la plus ancienne des lieux date du XVIIIe siècle, alors édifiée pour être l’hôtel particulier princier des Faucigny-Lucinge. “Il fallait également créer un lien avec le Spoon”, ajoute le créateur. Le rez-de-chaussée du 14 de la rue Marignan est en effet occupé par ce célèbre restaurant, l’un des satellites de la galaxie gastronomique d’Alain Ducasse. Olivier Gagnère parle pour ce projet de “boutique-hôtel”, un concept initié par Andrée Putman en 1984, avec l’aménagement du Morgans à New York (voir Gazette n° 6, page 130), une belle alternative à la standardisation impersonnelle des grandes chaînes hôtelières. Lorsque notre designer se penche sur le cas du Marignan, il a déjà largement fait ses preuves, notamment avec le café Marly, inauguré en 1994 au coeur du Louvre. Cette réalisation n’est d’ailleurs pas étrangère au choix des Richard. Le murano – sous la forme de lustres, lampes et miroirs – occupe au Marignan aussi une place de choix. Autodidacte, Olivier Gagnère a fourbi ses armes en rejoignant en 1981 le groupe Memphis, qui électrise alors la planète design. Il a déjà créé des meubles, mais c’est dans le domaine de la céramique qu’il innove, réalisant des pièces d’esprit néoconstructiviste. Sur les conseils d’Ettore Sottsass, il prend un jour le chemin de Murano. Il est aussitôt fasciné par le verre soufflé. Ses premières pièces sont réalisées, dans le cadre de Memphis, chez Toso Vetri d’Arte, où le maître verrier Caramella lui fait découvrir les possibilités de techniques séculaires. Olivier Gagnère ne lâchera plus le verre, imaginant après 1989 des collections qui prennent forme à Murano, au Centre d’art contemporain de Marseille où à la cristallerie Saint-Louis. Il convient de ne pas oublier de plus démocratiques expériences pour Ricard. En 2003, le designer conçoit avec la société parisienne Véronèse la collection Caïgo, fabriquée par les maîtres verriers vénitiens (3 000/4 000 euros le lustre, 400/ 600 euros la paire d’appliques). Les luminaires éclairant le Marignan sont autant le fruit d’un savoir-faire artisanal, mêlant verre soufflé et applications à chaud, que de la brillante capacité d’Olivier Gagnère à revisiter les formes traditionnelles.
Adjugé 2 600 € la paire
Lundi 18 avril 2011, 12, rue de Marignan, 8e arrondissement.
Mathias SVV, Baron - Ribeyre & Associés SVV, Farrando - Lemoine SVV.
La Gazette Drouot N°15 - 15 avril 2011 - Sylvain Alliod


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