| Alger apporta à Albert Marquet le bonheur, personnel comme artistique. C’est en 1920 que le peintre pose pour la première fois le pied sur le sol algérien. Il connaît déjà bien le Maghreb, qu’il apprécie tout particulièrement depuis son voyage avec Matisse à Tanger, en 1908. Mais l’Algérie sera l’objet de son grand amour. En 1920, donc, affaibli par une mauvaise grippe, Marquet décide d’aller se reposer au soleil de l’Afrique du Nord ; il choisit un pays encore inconnu, l’Algérie. Installé à la pension Venot, dans le centre d’Alger, Marquet commence à peindre la ville, fréquente les jeunes artistes de la villa Abdellatif. Au coup de foudre artistique s’ajoute celui, plus personnel, avec Marcelle Martinet, une jeune pied-noire rencontrée à la faveur d’une liste de contacts fournie par des amis. Écrivain de profession, cette Algéroise de naissance sert de guide et d’interprète au peintre, qui découvre un pays et une ville auxquels il restera profondément attaché.
Un seigneur heureux
Albert Marquet évoquait avec émotion ses «vingt-cinq années algériennes», même si celles-ci se déroulèrent de façon discontinue. Le couple il épouse Marcelle en 1923 y passe les hivers de 1920 à 1931, avant de s’y installer plus définitivement durant la guerre, leur domicile de La Frette-sur-Seine étant occupé par les Allemands. Pour échapper au brouhaha de la ville, ils acquièrent alors une maison sur les hauteurs d’Alger, avec vue imprenable sur la mer que Marquet ne se lasse pas de peindre. Ce havre se nomme Djenan Sidi Saïd, littéralement «le jardin du seigneur heureux». Après la victoire des Alliés, l’artiste, malade, revient en France, mais à peine dix mois plus tard, déjà las de l’Algérie, il décide d’une nouvelle escapade. Ce sera la dernière. Le peintre décède en 1947 dans son appartement parisien. Préférant la côte algérienne au désert, inlassablement il s’installait sur le port de la Ville blanche, en face duquel il continua longtemps à louer un atelier, près de la pension Venot, celle de ses débuts... Du Maghreb à la mer du Nord, des Sables-d’Olonne à Istanbul, outre la mer, l’artiste capte l’activité portuaire, les bateaux en train de décharger, les grues en action et les cheminées fumantes des remorqueurs à vapeur. Les marines d’Albert Marquet n’évoquent ni la nostalgie ni une envie d’évasion, elles résultent d’une observation attentive, d’une contemplation profonde. Les voyages sont autant de panoramas exceptionnels intégrant chacun la sensibilité unique du peintre. En émanent une intense plénitude et un calme intérieur transcrits dans l’épuration des formes et la sobriété celle de la palette, mais aussi celle d’une composition parfaitement maîtrisée. De la baie d’Arcachon aux rives de la Seine, la vie et l’œuvre d’Albert Marquet se sont déroulées au fil de l’eau. En suivant le courant, il a trouvé sa ville d’adoption, sa ville de cœur... Alger. •
À lire : Catalogue de l’exposition du musée de la Marine de Paris. Albert Marquet. Itinéraires Maritimes, du 15 octobre 2008 au 2 février 2009, Thalia Edition, Paris, 2008.
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