La Gazette Drouot
Une toile de Edward Alfred Cucuel
À PARIS / Peintre de deux continents

Artiste californien ayant résidé en Allemagne jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, Cucuel voua son oeuvre
à la femme, comme le souligne cette toile proposée à Drouot.

Né à San Francisco, d’un père d’origine allemande et éditeur d’un journal, le jeune Edward Cucuel montre très tôt des dons pour le dessin. Âgé de 14 ans, il fournit déjà des illustrations pour The Examiner local et s’inscrit à la San Francisco Art Institute.
Sa famille l’envoie à Paris, en 1892, parfaire ses études aux académies Jullian et Colarossi. Quatre ans plus tard, il s’installe à New York, où il travaille pour la presse, n’y trouvant aucun motif de satisfaction autre que la confirmation de son désir de peindre. Le voilà de retour en France, voyageant notamment en Italie, visitant les expositions et les musées. En 1899, il se trouve à Berlin, où il fournit là aussi des illustrations à la presse. À la faveur d’une commande de reportage sur l’Exposition universelle de Saint Louis en 1904, il décide de poursuivre son périple en visitant le Japon, la Chine et Ceylan, avant de revenir à San Francisco pour reprendre l’affaire familiale. L’appel de l’Europe – et surtout de sa scène artistique novatrice – l’amène à retrouver l’Allemagne en 1907, où il s’installe à Munich. Il y restera vingt ans. Ce long séjour sera déterminant tant pour sa carrière que pour sa vie personnelle. Edward Cucuel se lie alors avec le peintre Leo Putz.
Pendant environ sept ans, l’Américain participe aux expositions du groupe Die Scholle, artistes émules des impressionnistes et de la peinture en plein air. Jusqu’en 1922, Putz passe ses étés au château d’Hartmannsberg, niché dans un écrin de forêts et au bord du lac Schlosssee, en Bavière. Dans ce lieu idyllique, les deux amis peignent les joies des promenades en barque et des baignades, des longues journées à savourer le soleil et la nature. Ils brossent des toiles colorées, dans une belle matière qui accroche les moindres accents de lumière.
Parmi leur petit groupe, deux jeunes femmes, Frieda Bell, paysagiste, et Clara Lotte von Marcard, reconnue pour ses tableaux de fleurs, leur servent de modèles. En 1913, Frieda épouse Putz et Clara, Cucuel. Ils déclinent alors les sujets sur leurs activités de plein air, notamment des scènes de nus à la baignade. Tout devient prétexte à célébrer les beautés des reflets du soleil sur l’eau, les poses alanguies de leurs épouses, les étoffes, les chapeaux, le velouté de la peau, ou encore les saisons, avec toutefois une prédilection pour l’automne et ses gammes de roux soulignant la blancheur des robes, des bas, jusqu’aux chaussures. Période heureuse, où le succès est au rendez-vous, l’Américain exposant tant à Paris, aux salons des Beaux-Arts et d’Automne, à Munich avec la Sécession munichoise, qu’aux États-Unis où, en 1915, il reçoit la médaille d’argent à la Panama-Pacific Exhibition de San Francisco. À partir de 1928, Cucuel passe ses hivers à New York, le reste du temps à Munich et à Starnberg, ville natale de son père. L’année suivante, le couple Putz accepte une invitation à se rendre au Brésil, où Leo enseignera jusqu’en 1933. Puis commencent les années noires : Putz, poursuivi par la Gestapo, se réfugie dans le Tyrol, où il décède en 1940. L’année précédente, Cucuel était rentré aux États-Unis, à Pasadena en Californie, où il s’éteint en 1954, méconnu et isolé.

cucuel

Edward Alfred Cucuel (1875-1954), Unter den Herbstbuchen, huile sur toile, 65,5 x 80 cm.


QUAND ?
Vendredi 18 mars 2016


OÙ ?
Salle 5 - Drouot-Richelieu
Ferri & Associés.


COMBIEN ?
Estimation : 6 000/8 000 €

La Gazette Drouot n° 10 du vendredi 11 mars 2016- Anne Foster


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