La Gazette Drouot
Un album de photographies de Fran�ois de�Chasseloup-Laubat
A PARIS / Un honnête homme du XXe siècle

François de Chasseloup-Laubat, issu d’une noble famille de la Saintonge, a notamment parcouru le monde et photographié les «hommes des origines».

Inconnu des manuels de photographie, François de Chasseloup-Laubat a cependant laissé cet album sur l’ethnie des Sakaï, une des premières populations de la péninsule Malaise. Sur la plupart des clichés, on constate un sens inné des jeux de lumière et de la composition. Mais ceci n’est pas l’important : ce travail résulte de ses explorations en 1928, 1933 et 1934 dans le Perak et le Pahang, en Malaisie centrale, sous domination anglaise. Les «hommes des origines» vivent alors au plus profond de la jungle – établis dans ce pays, ils furent repoussés peu à peu vers l’intérieur par les conquérants malais – et ont conservé un mode de vie de chasseurs-cueilleurs. Leur langue appartient à l’ensemble môn-khmer, probablement apportée lors des migrations des premiers agriculteurs descendant le long de l’Asie du Sud-Est. François de Chasseloup-Laubat laissa un ensemble photographique au musée de l’Homme (transféré au Quai Branly), décrivant les modes de chasse et de pêche des Sakaï, leur habitat et leurs rites. L’intrépide curieux ne se limita toutefois pas aux seules explorations, qu’il mena aussi en Afrique, notamment avec l’expédition alpine française du Hoggar, où, selon son éloge funèbre, «avec ses amis Frison-Roche, Coche et Lewden, il atteint les sommets inexplorés du Haut-Mertoutek» et découvre les fresques rupestres, dont il fit un ouvrage publié en 1938. Athlète – il fut recordman du 100 mètres en France en 1925 et pratiquait le 400 mètres relais –, il illustre aussi l’idéal de Montaigne, ayant «la tête bien faite». Titulaire du prix Duveyrier de la Société de géographie, chargé de mission par le musée de l’Homme et l’Institut Pasteur, il effectue un voyage d’études au lac Tchad, où il découvre cinq espèces inconnues de moustiques... Comme si cela ne suffisait pas, François de Chasseloup-Laubat est aussi membre de la Société des gens de lettres et de celle de géographie, sans oublier son adhésion à la Société des africanistes... Après tant de missions outre-mer, il s’attache à son château de La Gataudière, à Marennes en Charente-Maritime, et poursuit une nouvelle carrière d’éleveur de chevaux et d’historien de la Saintonge. On lui doit un ouvrage sur François Fresneau, seigneur de La Gataudière, père du caoutchouc, dont l’ancêtre, ingénieur du roi, séjourna quinze ans en Guyane, où il reconstruisit les fortifications de Cayenne. Au cours de son séjour, ce disciple de Vauban, mathématicien, botaniste et explorateur, découvrit en 1747 l’hévéa, ou l’arbre à caoutchouc. Sa petite-fille épousa en 1794 le général Chasseloup-Laubat, futur commandant en chef du Génie de l’armée d’Italie, puis de la Grande Armée.
Bon sang ne saurait mentir... François Chasseloup-Laubat renoua avec la photographie pour répertorier les églises romanes de Saintonge, au début des années 1960. Ce précieux album est resté dans les collections familiales, comme le domaine et son nom : sans postérité, le dernier marquis le légua à son neveu, prince Murat, désormais François Murat de Chasseloup-Laubat.

Chasseloup-Laubat

François de Chasseloup-Laubat (1904-1968),
Les Peuplades aborigènes de la jungle malaise, album comprenant environ 520 tirages
argentiques d’époque, certains légendés.
Images : 9 x 14 à 15 x 19 cm, album : 37,5 x 54 cm.

QUAND ?

Mercredi 18 mars 2015

OÙ ?
Salle 7 - Drouot-Richelieu.
Yann Le Mouel SVV. Mme Esders

COMBIEN ?
Estimation : 8 000/10 000 €

Chasseloup-Laubat
Détail
La Gazette Drouot n° 10 du vendredi 13 mars 2015 - Anne Foster


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