La Gazette Drouot
Photographies de Édouard Boubat
À PARIS /Édouard Boubat, un regard émerveillé

Son oeil a capté avec tendresse l’homme et les beautés de la nature. Bientôt à saisir à Drouot, les clichés de sa collection personnelle !

En 1946, à 23 ans, Édouard Boubat découvre à la fois l’amour et la pratique de la photographie. La beauté préraphaélique de Lella, amie de sa soeur, le fascine et il ne cesse de fixer ses traits si purs, sa chevelure indomptable, son port de reine. Après avoir obtenu son diplôme d’arts graphiques à l’école Estienne, en 1942, le jeune homme est embauché dans une usine comme photograveur. Il gardera un bon souvenir de cette période : «La lumière glauque des laboratoires de photogravure où je coulais sur une plaque de verre le collodion faisait déjà rêver : voir la vraie vie.» Pour l’heure, c’est celle qu’il partage avec Lella qu’il veut capter. Il vend quelques vieux dictionnaires pour s’acheter un Rolleicord format 6 x 6, apprécié pour sa mise en opération rapide et silencieuse. Cela lui permet d’immortaliser «les moments où il ne se passe rien, sauf la vie de tous les jours». Cette même année 1946, il réalise une image au statut d’icône : Petite Fille aux feuilles mortes au Luxembourg. On y voit déjà ce qui fait l’art de Boubat, une candeur naturelle, cette ouverture vers le merveilleux du quotidien. Il épouse Lella l’année suivante et s’ensuivent des années de bohème heureuse, de fréquentation des artistes. «Ce qui m’attirait, c’était la poésie de ce monde et de cette époque : nous n’avions pas un sou, mais nous étions heureux», se souviendra-t-il dans une interview accordée en 1996 au mensuel Réponses Photo. Toujours en 1946, il partage le prix Kodak avec un autre photographe «humaniste», Robert Doisneau. Il obtient quelques commandes de reportages, tel celui sur le maïs dans le sud de la France, où il fixera L’Arbre et la poule, autre icône fruit du hasard, tout autant que la première. Son nom commence à être connu, il expose, en 1951, à la galerie La Hune aux côtés de Brassaï, Doisneau et Facchetti. Ses photographies sont remarquées par Bertie Gilou, directeur artistique de la revue Réalités, qui lui commande un reportage sur les Artisans de Paris, l’intègre ensuite à l’équipe du magazine. Commence ainsi une longue itinérance à travers le monde, promenant son appareil, un Leica désormais, l’oeil émerveillé, attentif tant à l’homme qu’à la nature. D’un bout à l’autre de la planète, chaque image est un hymne à la vie et une vision très personnelle.
«Au moment où je fais un portrait ou un paysage, Boubat n’existe plus, explique-t-il à Frank Horvat en 1990. Le secret, le voilà : il n’y a plus de Boubat, plus de village hindou, dans ce moment très court nous faisons partie d’un tout, nous ne sommes plus séparés du paysage, de la personne devant nous.»
Il a obtenu en 1977 le grand prix du livre aux rencontres d’Arles avec La Survivance, le grand prix national de la photographie en 1984, et celui de fondation Hasselblad quatre plus tard. L’homme rendra encore un hommage à Lella dans son livre Comme avec une femme, publié en 1994. Du portrait de 1949 à Madras, de 1971, il a su regarder avec la même tendresse un enfant, des passants, des arbres agités par le vent, des fleurs de cerisier qui tombent, faisant sienne cette réflexion de Goethe : «La chose la plus difficile est celle qui paraît la plus facile : voir véritablement ce qui se trouve devant nos yeux»...

bacon

Lella de face, 1949, tirage gélatino-argentique
de 1950 par l’auteur, contrecollé sur carton,
36,5 x 26,3 cm.

QUAND ?
Vendredi 16 octobre 2015

OÙ ?
Salle 2 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30. Thierry de Maigret SVV.
Mme Gaillard, M. di Sciullo.

ESTIMATION ?
10 000/15 000 €

bacon

Édouard Boubat (1923-1999), Madras, 1971,
tirage couleur Fresson d’époque, 43 x 64 cm (détail).


ESTIMATION ?
Adjugé 2 200 €

La Gazette Drouot n° 34 du vendredi 9 octobre 2015 -Anne Foster


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