La Gazette Drouot
Une toile de Hackert
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Idylle italienne
Quand un peintre allemand rencontre l’Italie... c’est à coup sûr le grand amour.
L’auteur de ce paysage, digne des plus belles louanges, n’échappe pas à la règle.
Adjugé 264 000 euros frais compris.
Jakob Philipp Hackert (1737-1807), Scène pastorale devant un temple antique et une rivière,
toile, signée «PH. HACKERT PINX / ROMA 1785», 99 x 137 cm.

Lyon, dimanche 17 octobre 2010.
Chenu - Bérard - Péron SVV.
Goethe lui a consacré une biographie, il a travaillé pour le prince Borghèse et le roi Ferdinand IV, il est d’origine allemande... Ne cherchez pas plus longtemps le nom de ce peintre, il est inscrit sur ce superbe paysage, tout droit sorti de l’Arcadie antique. Son brillant auteur se nomme Jakob Philipp Hackert, né le 15 septembre 1737 à Prenzlau, paisible ville située dans le Brandebourg, au nord-est de l’Allemagne. Après un apprentissage auprès de son père, il part pour Berlin et s’inscrit à l’Académie des beaux-arts. La route ne fait que commencer et sera longue avant l’Italie. L’artiste, très vite recherché, voyage en effet beaucoup. Grâce à son mécène le baron Olthoff, Hackert travaille successivement à Stralsund, à Rügen – petite île allemande de la mer Baltique –, puis à Stockholm. Dès ses débuts, le peintre affirme une prédilection pour le paysage. Son séjour en France, entre 1765 et 1768, le confortera d’ailleurs dans ce choix. S’il connaît déjà le travail de Claude Le Lorrain, il découvre alors celui de Claude Joseph Vernet.
À la lumière de l’un, s’ajoute désormais la profondeur des paysages et des marines du second. En 1768, le destin conduit enfin Jakob Philipp Hackert en Italie.

Une clientèle internationale
La campagne romaine marque alors profondément le peintre allemand, dont l’oeuvre grandit entre poésie et réalisme. Ses paysages comptent parmi les plus appréciés des amateurs de l’époque, notamment le prince Borghèse et les Anglais installés dans la capitale transalpine, tel lord Exeter. En collaboration avec ses frères, Gottlieb puis Georg, il exécute un très grand nombre de tableaux. Les sujets de ces derniers sont aussi largement diffusés grâce à la gravure. Il voyage dans toute l’Italie, s’installant à Naples où il travaille pour lord Hamilton, mais aussi pour Catherine II de Russie puis pour le compte de Ferdinand IV. En 1774, Jakob Philipp Hackert assiste à l’éruption du Vésuve : le sujet donnera lieu à des tableaux d’exception, tel celui conservé au Palazzo Reale de Caserte. C’est aussi à Naples qu’il rencontre son futur biographe, Johann Wolfgang von Goethe. Désireux de se perfectionner dans tous les domaines artistiques, le poète se fait l’élève de son compatriote. Les deux hommes noueront un lien durable et, en 1811, quatre années après la mort à Florence de celui qu’on appelait «Hackert d’Italie», Goethe écrit sa première biographie. Elle loue un artiste attentif au moindre détail, qu’il intègre à l’envi dans ses compositions, proche par ses origines allemandes du réalisme nordique, mais aussi sensible à la manière italienne. Voyez notre tableau, qui connut un succès tel que notre artiste en réalisa des répliques en taille réduite. L’une d’entre elles, datée de 1787, est d’ailleurs conservée au musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Cette scène pastorale nous montre une campagne romaine aux accents naturalistes tout en mettant en scène un Hermès songeur gardant son troupeau. Messager des divinités de l’Olympe, mais aussi protecteur des voleurs, le jeune dieu s’apprête peut-être à voler une partie du troupeau à son frère, Apollon. Mais qu’importe le sujet. Admirons plutôt la grandeur de ce paysage de montagne, l’harmonie des couleurs épousant la douceur de la lumière. Vérité et poésie : une union parfaite...

Caroline Legrand
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