La Gazette Drouot
Une toile de Maurice Denis
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Jeune fille en fleur
Six oeuvres du “Nabi aux belles icônes” ayant appartenu à Gabriel Thomas
combleront bientôt les amateurs. Gros plan sur l’une d’elles... avec dévotion et passion.
Estimation : 15 000/25 000 euros.
Maurice Denis (1870-1943), Petite Communiante sous un cerisier en fleurs, huile sur panneau monogrammée MD et datée 1905, 36 x 27 cm.
Senlis, dimanche 17 octobre 2010.
Hôtel des ventes de Senlis SVV. Cabinet Brame et Lorenceau.
La haute bourgeoisie éprise de progrès et avide de nouveauté se plaît, à partir du XIXe siècle, à encourager les artistes. Le banquier Gabriel Thomas compte ainsi parmi les plus fidèles mécènes de Maurice Denis.
Ce fils d’un employé des chemins de fer épouse à vingt-trois ans Marthe Meurier, qui lui donnera de nombreux enfants. Dès les débuts de sa carrière, notre peintre doit trouver des soutiens financiers pour faire vivre sa famille. Après Henry Lerolle et le baron Denys Cochin, l’homme d’affaires Gabriel Thomas (1854-1932) va donc appuyer l’art de Maurice Denis. Fondateur du musée Grévin et administrateur de la Tour Eiffel, l’entrepreneur se fait bâtir à Meudon vers 1895 une vaste et élégante demeure en brique rose, de style Louis XIII. Le nom choisi, “les Capucins”, évoque certes un ancien monastère érigé au XVIe sur le coteau de Bellevue, mais milite également en faveur des convictions religieuses du propriétaire. Bien distribuée, la villa expose superbement l’importante collection de tableaux modernes signés Gauguin, Vuillard, Morisot, Ker-Xavier Roussel... Grand amateur, Gabriel Thomas est donc aussi un catholique fervent, d’ailleurs membre du Tiers-Ordre dominicain de Paris, tout comme Maurice Denis, dont il admire beaucoup l’oeuvre, approuvant son mysticisme religieux. Aussi le choisit-il pour décorer la salle à manger de sa nouvelle résidence. Spacieuse et lumineuse, celle-ci ouvre sur un parc magnifique. Référence aux vergers et aux jardins de Meudon, L’Éternel Printemps, aujourd’hui conservé au musée de Saint-Germain-en-Laye, s’y déploie en dix panneaux. L’ensemble décoratif, peint à l’huile sur toile de lin, suscite plusieurs études, dont fait partie notre tableau, inédit sur le marché. Certifié de Claire Denis, petite-fille de l’artiste, il a été exposé en 1924 à Paris, au musée des Arts décoratifs. Le sujet appartient au cycle du printemps sacré, temps du mois de Marie et des premières communions, à l’encontre d’un printemps païen et libertin, montré dans Le Bain. La permanence de la tradition et l’obsession de la modernité préoccupent Maurice Denis depuis L’Enfant de choeur, un premier pastel présenté au Salon de 1890.
Après un voyage en Italie en 1898 – une véritable révélation –, son oeuvre unit désormais art sacré et construction ordonnée, à l’exemple de notre panneau. Habillée de blanc, une fragile silhouette apparaît au coeur de la composition résonnante de fines tonalités claires : c’est une communiante, qui accomplit le rite de passage de l’enfance à l’âge adulte. Allégorie d’innocence et de candeur virginale, elle prie sous un cerisier. L’arbre, emblème de pureté et de béatitude intemporelle, est en pleine éclosion, pareillement à la nature qui resurgit chaque printemps, renouvelée après le repli hivernal ; c’est aussi le symbole de la Résurrection, fêtée à Pâques dans la liturgie chrétienne. La Nature délivre ainsi un message divin, dont le peintre est l’interprète fidèle. De brillantes touches pointillistes animent la composition, faisant ressortir les diverses nuances de blanc et de rose du cerisier. Elles participent aussi pleinement à l’éclat joyeux de l’efflorescence printanière. Touchante image d’un jour solennel, mais aussi d’allégresse bucolique...
Chantal Humbert
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