La Gazette Drouot
Tapisserie aux armes du garde des Sceaux Fleuriau d’Armenonville
À PARIS / Astronomique !

Le sujet de cette tapisserie aux armes du garde des Sceaux Fleuriau d’Armenonville est moins anodin qu’il n’y paraît.
Où l’on retrouve deux empereurs de Chine et leurs conseillers jésuites.

Conjuguant science et exotisme, ce sujet est sans doute l’un des plus appréciés de la célèbre tenture de l’Histoire de l’empereur de Chine. Celle-ci a été tissée pour la première fois entre 1684 et 1690, par la manufacture royale de Beauvais. D’après des gravures et une connaissance toute littéraire de la cour de Pékin, elle présente une vision à la fois imaginaire et occidentalisée de la réalité. Notre scène, d’ailleurs, est bien antérieure à sa composition : grâce à l’identification de ses protagonistes, elle peut être datée de 1660-1661, soit au moment de l’arrivée du père Ferdinand Verbiest (1623-1688) à Pékin et avant la mort de l’empereur Shunzhi (1638-1661). Ce dernier est représenté debout, la main posée sur le globe, un cartouche au dragon ornant son vêtement. Il s’adresse au père Adam Schall van Bell (1591-1666), assis et prenant une mesure au compas, un mandarin de premier ordre comme l’indique sa plaque frappée d’un cygne. Les jésuites ont utilisé les sciences pour approcher les lettrés, puis le pouvoir impérial, le célèbre Matteo Ricci ayant en effet convaincu le supérieur de la congrégation d’envoyer en Chine des astronomes. En 1629, sous les Ming, débute la réforme du calendrier, qui sera promulguée par Shunzhi, le premier Qing à monter sur le trône à Pékin. Garant de l’harmonie entre le Ciel et la Terre, le souverain doit concilier les activités humaines avec les rythmes célestes, d’où l’importance d’un calendrier précis... Directeur de l’observatoire impérial, Schall fait venir à la cour le père Verbiest, jésuite érudit, principalement astronome et mathématicien. Ici, il est sans doute représenté sous les traits de l’homme s’avançant un livre sous le bras tout en échangeant un regard avec l’enfant, probablement le futur empereur Kangxi, dont il sera le professeur avant de devenir l’un des plus proches conseillers et son confident. À sa mort, le fils du Ciel ordonnera des obsèques d’État, signe de la haute estime qu’il lui portait... Nos Astronomes proviennent du set de six, sur les neuf composant l’ensemble du cycle offert, en 1724, par la Compagnie des secrétaires du roi au Garde des sceaux Joseph-Jean-Baptiste Fleuriau d’Armenonville (1661-1728). Ce membre de la noblesse de robe est alors au sommet de sa carrière, occupant la prestigieuse fonction depuis 1722, en remplacement du chancelier d’Aguesseau. Il était auparavant secrétaire d’État à la Marine, après avoir été intendant des Finances. Le somptueux présent est personnalisé dans ses bordures, où figurent les attributs de la fonction du récipiendaire, son monogramme répété dans les angles et ses armoiries, celles du bas étant surmontées de la cassette renfermant les sceaux. La tapisserie figurait avec quatre de ses consoeurs, en mars 1937, dans une vente à la galerie Charpentier, sous le marteau d’Étienne Ader. Au cours des enchères provisoires, elle obtenait 135 000 F (environ 77 100 euros en valeur réactualisée), la faculté de réunion valorisant l’ensemble à hauteur de 605 000 F (345 600 euros env.). Désormais orpheline, elle n’en demeure pas moins un symbole de l’alliance des arts et de la science au service du pouvoir.

tapisserie

Manufacture royale de Beauvais, entre 1722 et 1724, Les Astronomes, de la tenture de l’Histoire de l’empereur de Chine, laine et soie aux armes du chancelier Joseph-Jean-Baptiste Fleuriau d’Armenonville, 339,5 x 315 cm.

QUAND ?
Mercredi 17 juin 2015

OÙ ?
Salle 6 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV. Mme de Pazzis-Chevalier.

COMBIEN ?
Estimation : 80 000/100 000 euros

tapisserie
Détail
La Gazette Drouot n° 23 du vendredi 12 juin 2015 - Sylvain Alliod


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