La Gazette Drouot
Une toile de Maurice Denis
EN RÉGIONS / Sous le regard des muses

Quand Maurice Denis au summum de son art travaille à la décoration intérieure d’un hôtel particulier parisien. Une esquisse à la tempera à découvrir tout en douceur !

Étonnant carton : “M. Maurice Denis vous prie de lui faire l’honneur de visiter le vestibule qu’il vient de décorer de peintures et de vitraux dans l’Hôtel de M. J. Rouché, 1, rue d’Offémont, le 12 Avril 1907”. Par cette cocasse invitation, achetée par le musée du Louvre en 1996 et reversée à la documentation du musée d’Orsay, l’artiste convie son commanditaire, Jacques Rouché, à venir découvrir son travail dans le vestibule d’entrée de son hôtel particulier parisien... Les ventes aux enchères voient régulièrement passer des oeuvres religieuses de celui qu’on appelait à juste titre le “Nabi aux belles icônes”. Ses créations à thème profane, telle notre Fontaine, demeurent, elles, beaucoup plus rares. Des formes onduleuses, des teintes claires et d’indéniables qualités décoratives font de Maurice Denis un peintre très apprécié de l’époque art nouveau. Il n’est donc pas surprenant qu’il soit choisi par Jacques Rouché (1862-1957) pour travailler dans sa nouvelle résidence, construite en 1907 non loin de la plaine Monceau. Chef d’entreprise, mais aussi auteur de théâtre et critique musical, Jacques Rouché fut l’un des grands mécènes du début du XXe siècle. Cette même année 1907, il acquiert aussi la Grande Revue, publication juridique qu’il oriente vers la culture, avant de devenir quatre ans plus tard le directeur du théâtre des Arts, puis celui de l’Opéra de Paris, de 1914 à 1945. L’homme fréquenta les plus grands artistes de son temps et les sollicita pour de nombreux projets de décors. Parmi eux, Vuillard, Dunoyer de Segonzac, Derain, De Chirico, Larionov et, bien sûr, Maurice Denis. “La terre latine inspiratrice d’art et de poésie”, tel est le thème choisi pour les trois panneaux du vestibule d’entrée de l’hôtel rue d’Offémont. On retrouve un sujet allégorique approchant dans un tableau de 1893, conservé au musée d’Orsay ; les muses des arts et des sciences y sont remises au goût du jour. En juin de cette année, Maurice Denis épouse Marthe. Celle qui lui donnera sept enfants est une nouvelle fois présente dans cette oeuvre, une mandoline à la main. À ses côtés, on reconnaît Berthe de La Laurencie, fille du compositeur Vincent d’Indy et amie du peintre. Notre panneau correspond à une étude pour La Poésie, dont les trois femmes pensives, en bas à droite, représentent une allégorie. En arrière-plan se déploie la baie de Menton. C’est une ville que le peintre aime à fréquenter, notamment à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. À cette époque, il effectue aussi plusieurs voyages en Italie qui changeront sa manière de peindre, l’orientant vers une expression de plus en plus décorative, douce et claire, dont un bel exemple se trouve également au théâtre des Champs-Élysées, dont il a décoré la coupole en 1913. Situé à la frontière transalpine, Menton devient ainsi une étape obligée... et fort agréable. La fontaine de notre peinture pourrait bien être l’une de celles qui parsèment le chemin vallonné vers l’Italie. Sur cette composition harmonieuse souffle en effet un délicieux vent antiquisant.

console Empire

Maurice Denis (1870-1943),
La Fontaine, vers 1907-1908, tempera, traits de crayons noir et bleu sur papier doublé sur toile, signé à droite
vers le milieu. 99 x 158 cm.

QUAND ?
Mardi 17 juin 2014

OÙ ?
Angers, Enchères Pays de Loire SVV.
Cabinet Perazzone - Brun.

COMBIEN ?
Estimation : 40 000/60 000 euros

détail
Détail
La Gazette Drouot n° 23 du vendredi 13 juin 2014 - Caroline Legrand


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