La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Une photographie de Shirin Neshat
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Dévoilement
Alors que Paris devient le temps d’un salon la capitale de la photographie,
coup de projecteur sur l’image d’une artiste engagée, Shirin Neshat.

Adjugé 27 000 euros.
Shirin Neshat (née en 1957), Untitled (Rapture series), Essaouira, Maroc, 1999,
épreuve gélatino-argentique d’époque numérotée 2/5. 81,9 x 181,6 cm.
Paris, vendredi 16 novembre, salle 7. Piasa SVV, M. Di Maria.

On pourrait croire que cette photographie relève du Land art. Mais, regardez bien : les "pierres noires" disposées par l’artiste sont des femmes voilées. Elles délimitent en réalité un territoire, le leur. Eh oui, dans les sociétés islamiques, la différence sexuelle est aussi affaire de territoire. Shirin Neshat est née à Qazvin, en Iran. Si elle a quitté son pays avant la révolution de 1979, elle y est ensuite retourné. La première fois, ce fut "une expérience choquante", dira-t-elle.
Depuis, les autorités iraniennes l’ont classée «ennemie de la Révolution». En 1974, Shirin quitte l’Iran pour suivre des études d’art à l’université de Berkeley, en Californie. 1990, année du premier retour en Iran, est une date clé. La réalité contemporaine iranienne qu’elle découvre, à des années-lumière de ce qu’elle a connu, entraîne un changement radical de son expression artistique. Elle se tourne vers la photographie – ses portraits de femmes musulmanes recouvertes de calligraphies, Women of Allah, lui apportent une large reconnaissance – et, à partir de 1996, vers la vidéo. La photographie reproduite est justement issue de Rapture, une installation vidéo de 1999 mettant en scène, sur deux écrans face à face, une communauté d’hommes s’affairant dans l’enceinte d’une forteresse et des femmes drapées de noir évoluant dans le désert. Elles chantent, puis s’avancent vers la mer. Sous le regard interloqué des hommes de l’autre côté, certaines montent dans une embarcation qui prend le large. L’artiste n’adopte pas un discours radical ; elle préfère mettre l’accent sur la com­plexité de la culture musulmane à travers la condition de la femme. "Pour Shirin Neshat, écrit Hamid Dabashi, le voile est une forteresse métaphorique depuis laquelle un combat différent peut être engagé." Elle décrit la tragédie commune de l’inassouvissement du désir, dont la femme porte la faute dans le monde musulman. Jamais elle ne montre l’affrontement des deux sexes, mais tente au contraire de faire comprendre la nécessité de leur rapprochement. Un an avant Rapture, Shirin Neshat a produit Turbulent, une vidéo qui lui valut le prix international de la 48e biennale de Venise. Là aussi et de manière magistrale, le chant servait de vecteur au malaise d’une civilisation - résolu en un silence éloquent.
Sylvain Alliod