La Gazette Drouot
La promenade parisienne
Retour au sommaire
Sur les Grands Boulevards
Une bobine haute en couleur délivrera prochainement un film des distractions parisiennes au temps du romantisme. Silence, on tourne !

Adjugé 3 800 euros au marteau.
Colonne type Morris en bois noirci, acajou et ivoire, gainée d’une lithographie titrée La promenade parisienne, contenant un rouleau représentant diverses vues de Paris,
vers 1810/1820, rouleau : 370 x 8,5 cm, h. de la colonne : 14,5 cm.
Chartres, dimanche 16 mai 2010.
Galerie de Chartres SVV.

De nombreux flâneurs déambulent au XIXe siècle sur la grande artère reliant la Madeleine à la Bastille. Sans plus tarder, partons avec eux en goguette : "Y’a tant de choses à voir (...) On n’a qu’à choisir au hasard" ! Formant un arc de cercle, cette importante voie parisienne ceinture, au nord, le centre historique de la capitale. D’abord promenade campagnarde, elle se couvre de pavés et s’embellit aussi de plusieurs «folies», comme en témoignent aujourd’hui les vestiges de l’hôtel de Montholon au 23, boulevard Poissonnière. Devenue lieu à la mode au début du XIXe siècle, la promenade, profitant de la décadence du Palais Royal, attire les cafés, les marchands ambulants, ainsi que divers spectacles. En quête d’amusements, une foule élégante et populaire s’y balade, se montre et fait des rencontres. On fréquente aussi les restaurants et les nombreux théâtres, comme l’illustre cette pittoresque colonne. Présentée dans son jus, elle provient d’une collection particulière parisienne réunissant des dioramas, des perspectives et des écrans à feuilles défilantes. Notre rarissime objet de curiosité recèle une lithographie extraordinaire : telle une longue bande dessinée, elle déroule les boulevards les plus animés de la capitale sous la Restauration. À la fois distrayant et instructif, le kiosque miniature étale un cortège presque ininterrompu de divertissements, nous conviant à une agréable promenade en chambre. Dans son Histoire et physiologie des boulevards de Paris, Balzac révèle on ne peut mieux cette effervescence : "Une fois que vous avez mis le pied là, votre journée est perdue [...] C’est un rêve d’or et d’une distraction invincible (...) Les spectacles du jour, les friandises des cafés, les brillants des bijoutiers, tout vous grise et vous surexcite" ! Sur cet ensemble unique, on applaudit au cirque, on rit aux marionnettes, on s’étonne face aux illusionnistes et l’on se délecte des sensations suscitées par les montagnes russes. Notre dévidoir à images présente aussi les cafés renommés du boulevard des Italiens, à l’exemple du Riche et du Café anglais, ces hauts lieux de la gastronomie.
Indissociables des boulevards, les spectacles régalent le public, du rire aux larmes. Mélodrames et coups de théâtre garantis !
À cette époque, le boulevard du Temple s’est transformé en un "boulevard du Crime", qu’interpréteront magnifiquement Les Enfants du Paradis.
De nouveaux théâtres surgissent également, les Variétés sont par exemple inaugurées en 1807 sur le boulevard Montmartre.
Ce petit temple grec voisine avec les deux rotondes du passage des Panoramas, du nom de la principale attraction des lieux : de vastes tableaux circulaires, comme La vue de Paris, donnaient au public placé sur une plateforme, à demi dans l’ombre, l’illusion de découvrir l’horizon environnant. Arrivée au bout du rouleau, notre bobine rend ainsi également hommage aux diverses recherches techniques alors menées sur les images en mouvement. On le sait, elles aboutiront au cinématographe mis au point par les frères Lumière, dont la première séance publique et payante se déroulera en 1895... sur les Grands Boulevards, dans le salon indien du Grand Café.
Chantal Humbert
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp