La Gazette Drouot
Coup de coeur - Arrosoir de serre en cuivre
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Ça s’arrose !
Avec la belle saison, s’impose une vente sur le thème du jardin.
Plus de 400 outils anciens seront bientôt semés aux quatre vents. Respirez, soufflez !

Adjugé 1 870 € frais compris.
France, XVIIIe siècle. Arrosoir de serre en cuivre assemblé par brasure "à dent de loup»", h. 32 cm.
Nantes, samedi 16 mai 2009.
Salorges Enchères SVV, Kaczorowski, Derigny & Associés.

Avant saint-servais : point d’été, après Saint-Servais : plus de gelée... Les saints de glace ont enfin tiré leur révérence et ouvert la saison du jardinage. Le dernier d’entre eux, saint Servais donc, que l’on fêtait le 13 mai dernier, a donné le top départ à toutes les mains vertes de France pour se lancer à la reconquête de leur jardin, laissé à l’abandon durant ce cruel hiver. Lorsqu’on parle jardinage, on pense bien sûr à l’Angleterre, pays où l’on recense sans doute le plus grand nombre de férus de cette noble activité champêtre. Parmi eux, le gentleman Stephen Henry. Ce brocanteur anglais, installé dans le Limousin, a décidé de faire de cette passion le thème de sa collection personnelle. Il a ainsi réuni au fil des années plus de quatre cents outils du XVIIe au XXe siècle, qui illustrent l’histoire de cet art ancestral. Si la Bible fait d’Adam le jardinier originel, mieux vaut se tourner vers la Mésopotamie et l’Égypte antique pour découvrir les premiers jardins botaniques. Leur culture revêtait alors un sens sacré. Au-delà du plaisir des hommes, rassasiés par ces fruits plus succulents les uns que les autres, celui des Dieux primait. Après les jardins des villas romaines – où architecture et nature font bon ménage –, c’est au Moyen Âge que réapparaissent en Occident les jardins, dans les abbayes. On les voue alors à des fins purement thérapeutiques, et les plantes médicinales accaparent l’espace. Finalement, on doit à l’esprit humaniste de la Renaissance de consacrer le jardinage comme un art : l’homme peut asservir la nature, géométrisant les formes pour l’englober dans une perspective. Consacré en France par Dezallier d’Argenville et sa Théorie et pratique du jardinage de 1709, grâce aussi à des écrivains tels Jean-Jacques Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre, le jardinage devient au XVIIIe siècle un loisir fort goûté. Les spécificités alimentaires, médicinales et encyclopédiques mises de côté, demeure le plaisir des yeux. Notre arrosoir de serre du XVIIIe siècle offre ainsi un précieux témoignage de l’attention portée à cette activité. Son décor en cuivre repoussé est en effet des plus évocateurs avec godrons, nuages, pluie, sans oublier, sur la panse, une scène animée de personnages et l’indispensable fleur de lys. Tous les «instruments requis à bien herboriser», comme déclamait Gargantua – râteaux, houes, serfouettes, arrache-marguerites, cisailles, serpettes et autres émondoirs – sont proposés dans cette vente, les estimations oscillant de 10 à 1 800 euros. À noter parmi les originalités, un échenilloir français de la fin du XVIIe, servant, comme son nom l’indique, à débarrasser les branches infestées par les chenilles (200/250 euros).
Un semoir à petits pois de la fin du XVIIIe est quant à lui muni d’un bien utile mécanisme à clapet, pour contrôler le nombre de graines déposées (380/480 euros). Avec ses mâchoires acérées, un cueille-fruit en forme d’oeuf (150/200 euros) s’imposera par sa rareté, résultant d’une efficacité quelque peu approximative. De quoi faire naître ou confirmer votre vocation de jardinier...
Caroline Legrand
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp