La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Peretti, icône newtonienne
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Peretti, icône newtonienne
Elle est belle, intelligente, riche et célèbre ! Autant d’atouts qui, s’ils peuvent excéder
sa compagne, séduisent le mâle et un certain monsieur Newton.

Adjugé 19 732 € frais compris.
Helmut Newton (1920-2004),
Elsa Peretti, New York, 1975,
épreuve gélatino-argentique d’époque,
avec envoi autographe d’Helmut Newton à Marcel Gontard.

Vendredi 16 mai 2008, salle 4.
Renaud-Giquello & Associés SVV. M. Di Maria.

Messieurs, il va falloir trouver un argument autre que la sauvage beauté des gratte-ciel new-yorkais pour persuader votre tendre moitié d’accrocher cette photographie sur les murs de votre nid d’amour ! Difficile, en effet, d’ignorer cette Fantômette – revue et corrigée façon Hugh Hefner –, appuyée de manière très étudiée contre le garde-corps de la vertigineuse terrasse. La parenté de sa tenue avec celle des Playboy Bunnies, qui officièrent entre 1960 et 1991 dans les Playboy Clubs ouverts par Hefner, n’est pas fortuite : l’auteur de l’image, Helmut Newton, a travaillé pour la revue de charme au fameux logo au lapin affublé d’un nœud papillon. Celui-ci fut dessiné par Art Paul, pour le deuxième numéro du magazine. Si Hefner a choisi ce rongeur comme mascotte, c’est bien évidemment pour son humoristique connotation sexuelle. Le boss aime plaisanter, mais précisons néanmoins que pour se balader dans ses clubs en tenue légère et affublées de grandes oreilles, les candidates sont triées sur le volet... histoire de ne pas sombrer dans le burlesque. Un principe fort bien assimilé par notre photographe également, en témoigne cette image. Pour persuader votre compagne de la nécessité absolue d’acheter cette œuvre, arguez donc plutôt de la qualité du noir et blanc, du chic incontestable de l’ensemble, outre le fait que le modèle est relativement habillé. Mais le hic, finalement, réside dans la personnalité de la jeune fille. Impossible de prétendre, pour consoler votre douce épouse touchée par la sculpturale beauté, que cette écervelée a depuis sombré dans l’anonymat le plus complet, si ce n’est dans les affres de l’alcool et du désespoir. À corps bien fait, tête bien faite. Elsa Peretti ne fut en effet pas seulement un mannequin très en vogue. Pour s’en persuader, il suffit d’entrer dans l’immeuble coffre-fort de Tiffany’s, sur la cinquième avenue – rappelez-vous, vous adorez New York. Ici sont présentées ses créations inspirées de la nature : des bijoux aux lignes fluides, de l’orfèvrerie résolument épurée. Bref, vous l’avez compris, la dame a du caractère... et un parcours de rêve. Née à Florence, elle étudie en Suisse, à Gstaad, où elle dévale les pistes et décroche un diplôme d’instructeur de ski tout en enseignant le français. Direction Rome, ensuite, pour se former à l’architecture d’intérieurs, avant de devenir mannequin, à Barcelone puis dans le Londres des Swinging Sixties. En 1968, Elsa Peretti s’envole pour New York, où elle se lie notamment d’amitié avec Ray Halston Forwick (1932-1990), le couturier des stars et de la jet set américaine, et Giorgio di Sant’Angelo. En 1969, elle persuade ce dernier d’inclure dans son défilé sa première création, un pendentif en argent en forme de vase contenant une fleur. Dans la foulée, elle s’installe à son propre compte. La success story ne s’arrête pas là : deux ans plus tard, elle décroche le Coty American Fashion Critic’s Award, l’Oscar de la mode. En 1974, Halston lui obtient un contrat d’exclusivité avec Tiffany & Co. Les bijoux qu’elle crée deviennent – et pour longtemps – des best-sellers de la marque. Peretti ne limite cependant pas son champ d’action et imagine aussi des conditionnements de soins de beauté pour Halston et pour Revlon. Enfin, au début des années 80, elle s’est lancée dans le reconstruction de Sant Marti Vell, un village du XVIIe siècle situé près de Barcelone. Mesdames, on vous avait prévenues : c’est énervant !
Sylvain Alliod