La Gazette Drouot
Portraits des soeurs Mancini
EN RÉGIONS / Le clan des Italiennes

Une série de tableaux remet en lumière la plus célèbre fratrie du XVIIe siècle, les soeurs Mancini.
Et parmi elles, Marie, le premier amour du jeune Louis XIV

Voici au grand complet le clan Mancini, représenté par cinq portraits dus aux pinceaux de Jacob Ferdinand Voet et de son atelier. Provenant d’un château de province, cet ensemble exceptionnel vient nous rappeler les visages de ces jeunes Italiennes qui ont longtemps défrayé la chronique par leurs frasques amoureuses et leurs mariages tumultueux. Prénommées Laure-Victoire (1636-1657) Olympe (1638-1708), Marie (1639-1715), Hortense (1646-1699) et Marie-Anne (1649-1714), toutes ont d’abord vécu à la cour de France, sous la protection de leur oncle Jules Mazarin, premier ministre de Louis XIV. Le cardinal lui-même les a fait venir de Rome, chaperonnées par leur mère, sa soeur Geronima, baronne Mancini. Avec leurs trois cousines Martinozzi, également installées à Paris, elles forment alors les «Mazarinettes», du nom affectueux donné par la reine Anne d’Autriche, qui n’a pas hésité à les faire éduquer avec les princes et princesses du sang. De fait, l’escadron de charme est destiné à capturer les meilleurs partis et asseoir le premier ministre au sein des grandes familles du royaume. Parmi toutes ces jeunes beautés, Marie demeure la plus célèbre, car c’est elle qui va attirer un lot vraiment royal, en la personne du jeune monarque français. Une relation probablement platonique, mais que l’on considère comme le premier grand amour de ce dernier. Marie, pour autant, n’était pas la préférée de sa mère, qui voulait l’enfermer dans un couvent ; et c’est Olympe que Louis XIV avait d’abord remarquée.
Un événement inattendu devait changer la donne. Le roi tombe gravement malade au siège de Dunkerque, en juillet 1658 ; on le croit perdu et Marie, en privé comme en public, ne cesse de pleurer. Calcul ou sincérité ? Louis XIV convalescent est touché par tant de compassion et de grâce. Il tombe amoureux de la jeune fille aux boucles brunes, songeant même à l’épouser. Mais la raison d’État demeure la plus forte et il devra s’allier à Marie-Thérèse d’Autriche. Marie, elle, devient princesse Colonna, avant d’abandonner mari et enfants et de vagabonder à travers l’Europe, accompagnée d’Hortense en rupture avec son époux, le duc de La Meilleraye. Ses trois autres soeurs bénéficièrent également de grands mariages arrangés par leur oncle Mazarin, mais Marie-Anne et Olympe se compromettront plus tard dans la fameuse affaire des poisons... Tout aussi itinérant, le peintre Ferdinand Voet s’installe à Rome en 1663, dans ces années où Marie, puis Hortense, réputées pour leur élégance alla francese très en vogue, y déploient leurs charmes. Aussi, lorsque le cardinal Flavio Chigi lui passe l’insolite commande d’une série de trente-sept portraits des plus belles femmes de la noblesse romaine pour son palais d’Ariccio, le peintre n’oublie pas d’y inclure ces deux merveilles que sont les soeurs Mancini. Comme cette fameuse Galleria delle belle qui assura au flamand notoriété et aisance, notre ensemble unique relève de la célébration des beautés du temps, une caractéristique de l’esprit précieux.

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Ferdinand Voet (1639-vers 1700)
et son atelier, série de cinq portraits
des soeurs Mancini, Hortense (ci-dessus), Marie (ci-dessous), Marie-Anne, Olympe et Laure-Victoire, toiles, 73 x 60 cm env.

QUAND ?
Samedi 16 avril 2016


OÙ ?
Narbonne. Meyzen SVV. M. Millet

COMBIEN ?
Adjugé 84 000 € frais compris, l’ensemble.

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Marie Mancini
La Gazette Drouot n° 14 du vendredi 8 avril 2016-Philippe dufour


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