La Gazette Drouot
Coup de coeur - Bureau biedermeier
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Mine de rien, impérial !
Bourgeois, le style biedermeier ? Pas si sûr, comme le démontrait l’exposition intimiste que lui a consacrée le Louvre l’année dernière. L’occasion de réviser son jugement.

Adjugé 14 500 euros, prix marteau.
Maison Danhauser, Vienne, vers 1825-1830. Bureau biedermeier pouvant accueillir deux jardinières,
placage de merisier sur une âme en résineux, 107 x 160 x 90 cm.
Paris, mercredi 16 avril 2008, salle 1.
Néret-Minet - Tessier SVV. M. Guillais.

Voilà un style trop hâtivement qualifié : né en Autriche dans les années 1810, le biedermeier fut ensuite jugé "bourgeois".
Une gouache de 1826, présentée lors de l’exposition du Louvre, décrit un intérieur d’une grande simplicité, occupé par un bureau proche du nôtre.
Or, il s’agit rien moins que de l’appartement d’une des résidences d’été de la duchesse Sophie, le Blauer Hof de Laxenburg.
La jeune épouse de l’archiduc François-Charles d’Autriche, fille du roi Maximilien Ier de Bavière et de la reine Caroline née princesse de Bade !
La maison de Wittelsbach, dont elle est issue, est l’une des plus anciennes et des plus puissantes familles de la noblesse d’Allemagne méridionale. La future belle-mère de la célèbre Sissi se complaît, loin de la pompe de la cour impériale, dans un décor ainsi défini en 1903 par Ludwig Hevesi : "Ce n’est pas le style Empire, mais plutôt un de ses dérivés, dans une variante bourgeoise pratique destinée à un peuple pétri de coutumes rassurantes".

Le mythe du biedermeier bourgeois s’ancre à cette époque, l’appellation caractérisera l’Autriche du congrès de Vienne, en 1815, jusqu’à la révolution de 1848. Le nom est inspiré d’un personnage de fiction créé par un hebdomadaire satirique munichois, Weiland Gottlieb Biedermaier, instituteur de village écrivant de la poésie. Selon Eichrodt, celui-ci est porté à la félicité terrestre par "sa petite chambre, son étroit jardin, son insignifiante bourgade et le pauvre destin de maître d’école méprisé". En réalité, comme le souligne Henri Loyrette dans la préface du catalogue de l’exposition du Louvre, le style biedermeier est plus sûrement l’"idéal domestique de l’aristocratie viennoise promu par la famille impériale, qui se transforma à partir de 1830 en symbole de confort bourgeois". L’inspiration néoclassique s’y traduit davantage par l’usage de formes très architecturées que par l’emprunt de son vocabulaire ornemental. L’absence de décor, la qualité des matériaux et la pureté des lignes caractérisent en effet le mobilier biedermeier. La fabrique de Joseph Ulrich Danhauser, à Vienne, en a été l’une des meilleures interprètes, comme en témoigne notre bureau. Le musée autrichien des arts décoratifs conserve quelque 2 500 dessins de meubles de cette maison, autant de preuves de son extraordinaire inventivité. Le modèle de notre bureau a notamment été décliné en plusieurs variantes. Ainsi, les jardinières de celui de Sophie, abondamment fleuries dans la gouache signalée, ne dépassent pas, contrairement à celui-ci, la ligne de faîte du gradin et un coussin ovale capitonné est appelé à recevoir les pieds de la duchesse.
Un confort impérial...
Sylvain Alliod
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