La Gazette Drouot
Un portrait de Phillips Fox
EN RÉGIONS / Un Australien à Roubaix

Un rare tableau d’Emmanuel Phillips Fox invite à la découverte de l’impressionnisme vu d’Australie. Élégance et chromatisme bientôt en vente.

L’intimité à portée de pinceau... Emmanuel Phillips Fox a le talent de nous plonger au coeur de la sphère intime, de donner vie à de touchants portraits à travers les émotions personnelles. Ce qui plaît aux amateurs, comme l’a prouvé en 2011 l’acquisition par l’Art Gallery of New South Wales, musée de Sydney, de la toile Capucines pour 610 000 dollars australiens (environ 420 000 euros), lors d’une vente à Melbourne (Deutscher and Hackett). Également datée vers 1912, l’oeuvre décrit avec la même sensibilité une jeune femme élégamment vêtue, assise, lisant dans le jardin. Le cadrage en gros plan met l’accent sur le personnage principal, dépeint dans une activité simple de sa vie de tous les jours. Un thème abordé pour la première fois par les chefs de file du mouvement impressionniste en France, tels Claude Monet et Auguste Renoir. Né à Melbourne, d’un père juif photographe originaire de Londres et d’une mère native de Sydney, Emmanuel Phillips Fox entre à la National Gallery School de Melbourne en 1878, soit quatre ans après la première exposition des impressionnistes à Paris. Son talent de dessinateur avait été repéré dès ses quinze ans et il quitte l’école en 1886 fort de plusieurs récompenses pour ses peintures de paysage. Un an plus tard, il part en France afin de poursuivre sa formation à l’académie Julian, où de nombreuses avant-gardes picturales ont vu le jour, mais aussi dans l’atelier de Gérôme, à l’école des beaux-arts de Paris. Une autre destination est incontournable pour tous les aspirants impressionnistes à cette époque : Giverny. Fox ira bien entendu à la rencontre du maître, Claude Monet, mais aussi de la colonie de peintres étrangers, notamment américains, installée non loin de là. De retour en 1892, il participe activement à la vie artistique de son pays, notamment au sein de la Société des artistes victoriens. Il enseigne également aux jeunes artistes la peinture de plein air, à l’école d’art de Melbourne. Néanmoins, son travail est alors essentiellement apprécié pour ses portraits. Suite à la commande par la National Gallery du Débarquement du Capitaine Cook à Botany Bay, événement qui marqua un nouvel intérêt de la part des Britanniques envers l’Australie, Emmanuel Phillips Fox décide de partir pour l’Angleterre, en 1901. Quatre ans plus tard, il épouse Ethel Carrick, femme brillante également peintre. Le couple vivra à Paris jusqu’en 1913. Le peintre a connu sa période la plus faste de sa carrière lors de ces dernières années parisiennes, créant ses oeuvres les plus abouties, comme la nôtre, où couleurs, lumière et légèreté de la touche font merveille. Les Fox sont en voyage à Tahiti lorsque la guerre éclate, et décident alors de se réfugier à Melbourne. Tous deux se mobiliseront pour récupérer des fonds au profit de la Croix-Rouge française. Mais, le 8 octobre 1915, l’artiste succombe à un cancer. Demeure une création tout en délicatesse et retenue, à l’image de son auteur, dont la réserve devait mettre un frein à sa reconnaissance par le grand public... jusqu’ici.

Phillips Fox

Emmanuel Phillips Fox (1865-1915), Blanche et noire, huile sur toile,
signée et datée 1912, titrée au dos, 100 x 80 cm.

QUAND ?
Lundi 16 mars 2015

OÙ ?
Roubaix. May Associés SVV.

COMBIEN ?
Estimation : 100 000/150 000 euros

La Gazette Drouot n° 9 du vendredi 6 mars 2015 - Caroline Legrand


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