La Gazette Drouot
Un dessin de Lin Fengmian
À PARIS / Lin Fengmian, l’harmonie nostalgique

Entre respect de la tradition et modernité, son art prend sa source dans les scènes
de la vie quotidienne, le théâtre ou le paysage.

Dès son plus jeune âge, le jeune Lin se plonge – au point de le connaître par coeur – dans le célèbre manuel des Enseignements de la peinture du Jardin grand comme un grain de moutarde (Jieziyuan huazhuan), écrit au début de la dynastie Qing. Comme un pianiste fait ses gammes, il trace les divers feuillages des arbres, les aspects variés des montagnes, le calme des rivières et des lacs, le tumulte des cascades… À l’instar de ses aînés, il travaille de mémoire, parfois même sans avoir réellement vu le site. L’artiste interroge les sensations que la nature fait éclore en son for intérieur. Des résonances qui prendront une part essentielle dans son travail des dernières décennies… Mais, n’allons pas trop vite et retrouvons Lin Fengmian à Shanghai, où il s’inscrit au Mouvement travail-études, qui permet aux étudiants de séjourner en France. Il s’installe à Marseille, puis à Dijon et enfin à Paris, où il est inscrit dans l’atelier de Cormon. Il découvre notamment la peinture de Cézanne, dont il n’oubliera jamais les leçons.
En 1925, il est de retour en Chine et contribue, avec Liu Haisu et Xu Beihong, à lancer une conception nouvelle : la convergence entre peinture occidentale et tradition chinoise. Le peintre est très vite remarqué par Cai Yuanpei, président de l’université de Pékin, qui lui offre le poste de directeur de l’École spéciale nationale des arts en 1926. Arrive la guerre sino-japonaise. Une première fois, son oeuvre est détruite, saccagée par les Japonais ; le personnel et les étudiants de l’université partent s’installer à Hangzhou, puis à Chongqing. Loin des turbulences politiques de la capitale, Lin Fengmian se consacre à la peinture de paysages et aux natures mortes, utilisant toute la palette de tons permise par l’encre dans ses vues de forêts de pins, de pavillons aperçus au détour d’une allée, au bout d’un chemin de montagne semblant perché au-dessus du vide. Le trait est plus expressionniste, plus gestuel que dans le «shansui». L’artiste se démarque aussi de la peinture chinoise en privilégiant le format carré, en rejetant aussi les poèmes calligraphiés chers aux lettrés. Seule la composition, les nuances puissantes ou diaphanes des coloris comptent. On a souvent comparé ses encres aux oeuvres de Rouault, que Lin appréciait ; le cerne noir caractéristique de ce peintre présente des analogies évidentes avec la tradition picturale orientale. Après la Révolution, Lin Fengmian retrouve la «Perle de l’Orient», où il s’intéresse à l’opéra chinois et entreprend une série de toiles sur ce thème. Son art sera cependant vivement critiqué pendant la Révolution culturelle. Il détruit alors de nombreux tableaux, acte qui n’empêchera pas son emprisonnement et sa mise en résidence surveillée. Autorisé à émigrer en 1977, il s’installe à Hongkong et reprend de mémoire son oeuvre passée. En particulier ses paysages, souvenirs des montagnes, des rivières l’accompagnant depuis son village natal, Meixian. Son talent lui permet d’en livrer une ­­vision aussi harmonieuse que nostalgique.

ivry

Lin Fengmian (1900-1991),
«Pavillon sous les pins», encre et couleur sur papier, 38 x 39 cm (à vue).

QUAND ?
Samedi 12 décembre 2015



OÙ ?
Salle 12 - Drouot-Richelieu, à 16 h.
Fraysse & Associés SVV. Mme Jossaume, M. Portier.


COMBIEN ?
Estimation : 80 000/100 000 euros

La Gazette Drouot n° 43 du vendredi 11 décembre 2015 - Anne Foster


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