La Gazette Drouot
Un portrait de Catherine II
Une femme de pouvoir

Rien n’échappe à l’impératrice de toutes les Russies, et surtout pas son image.
Catherine II a ainsi choisi ce portrait pour des cadeaux diplomatiques. Son meilleur profil ?

Ce que femme veut, Dieu le veut !
Le proverbe sied comme un gant à la “Grande Catherine”, qui, venue de sa Prusse natale à la Cour de Russie à 14 ans à peine, mit peu de temps à prendre la mesure de sa grandeur future. Grâce aux manigances de sa mère, Sophie-Frédérique-Augusta d’Anhalt-Zerbst (1729-1796) est choisie par l’impératrice Élisabeth pour épouser son neveu, le futur empereur Paul III. Femme d’esprit, dont l’éducation protestante fut assurée par une Française, celle qui se fait alors appeler Catherine Alexeïvna et n’ignore rien des écrits de Machiavel, Voltaire et Montesquieu, est rapidement déçue de sa nouvelle vie. Elle profitera d’un vent de révolte pour faire abdiquer Paul III et prendre sa place, le 22 septembre 1762. Le règne de Catherine II durera 34 ans. Elle n’aura de cesse d’accroître le prestige de la grande Russie, portant son territoire à des dimensions encore inconnues, avec la Pologne et une partie de l’Empire ottoman. Le commerce et l’industrie se développent, des villes se construisent, la plupart s’embellissent de somptueux palais, notamment Saint-Pétersbourg. Femme forte et déterminée, la Grande Catherine vit comme bon lui semble, accumulant les aventures amoureuses et négligeant sa famille. Néanmoins esclave de la mode et du luxe, elle ne porte jamais deux fois la même robe. Justement, nous la retrouvons dans notre miniature en costume de voyage, chapka à pompon, manteau rose à col de dentelles. Catherine arbore fièrement à la poitrine la plaque de l’ordre de Saint-André. De fait, le portrait original fut réalisé à Kiev, en avril 1787, par Mikhaïl Chibanov, serf du prince Grigori Potemkine, amant fidèle puis conseiller personnel de l’Impératrice, à l’occasion d’une tournée dans le sud de la Russie. Cette peinture a immédiatement séduit son modèle, présentée dans une attitude noble, mais aussi bienveillante. De retour à la Cour, Catherine II demanda à son peintre officiel, Piotr Jarkov, de réaliser à partir de l’oeuvre plusieurs miniatures sur émail ou sur ivoire, pour en faire des cadeaux. Le choix de l’image officielle n’est jamais fait au hasard ! La nôtre est de plus mise en valeur par un cadre de bronze réalisé, sur ordre de l’Impératrice, par les ateliers de Saint-Pétersbourg et figurant le grand manteau de souveraineté doublé d’hermines, accompagné de plusieurs attributs impériaux comme la couronne, le sceptre et une aigle bicéphale frappée de la lettre “E”, pour Ekaterina. Cette miniature était destinée à son filleul français, Catherine Henry Louis Frédéric Duroux de Chevrier de  Varenne, comte de Bueil, né le 23 décembre 1787. Elle fut offerte pour son baptême le 1er février 1788. La mère du jeune homme, Émilie de Belsunce, n’était autre que la petite-fille du baron Grimm, qui obtint de Catherine II certains privilèges, notamment le titre de fille d’honneur et une dot pour son mariage.
La miniature fut conservée dans la descendance de la famille jusqu’à aujourd’hui...
Alors, quel prix pour un tel souvenir ?

miniature

Russie, Saint-Pétersbourg, 1787,
Piotr Jarkov (1745-1816). Portrait de Catherine II, Impératrice de toutes les Russies, en costume de voyage, aquarelle sur ivoire circulaire, cadre en bronze doré, diam. 5,5 cm.

QUAND ?
Dimanche 15 décembre 2013

OÙ ?
Lyon. Chenu - Bérard - Péron SVV.
M. de Coligny.

COMBIEN ?
Estimations : 10 000/15 000 euros

La Gazette Drouot n° 43 - Vendredi 13 décembre 2013- Caroline Legrand


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