La Gazette Drouot
Guitares d'Alexandre Lagoya
Guitares enchantées

Vibrez, collectionneurs et mélomanes, exultez de joie !
Sept guitares d’Alexandre Lagoya feront bientôt jouer la corde sensible des enchères...

La guitare résonne de mille et une façons : elle approche les harmoniques du piano, touche la vibration du violon et du violoncelle... Boccherini, au XVIIIe, puis Paganini lui consacrent des morceaux solistes, l’introduisant ainsi dans la musique de chambre. Il faut toutefois attendre la fin du siècle suivant pour qu’un luthier andalou, Antonio de Torres, lui donne ses proportions définitives et améliore considérablement sa sonorité. À la suite d’Andrés Segovia, des guitaristes lui confèrent de nouvelles potentialités expressives. L’instrument est désormais un superbe organe de concert, attirant le public dans les salles du monde entier. Alexandre Lagoya (1929-1999), né à Alexandrie de parents grec et italien, donne à l’âge de treize ans son premier concert public ; le jeune adolescent, boxeur amateur, y apparaît l’oeil au beurre noir, conséquence d’un combat mené quelques heures auparavant ! Autodidacte, il prend pour maître Heitor Villa-Lobos, qui marie habilement le folklore brésilien aux traditions musicales européennes. Après avoir assuré près de cinq cents concerts à travers le Moyen-Orient, Alexandre Lagoya arrive en 1950 à Paris. Quelques mois plus tard, il rencontre Ida Presti, une guitariste prodigieuse, au sublime legato jamais égalé. Dotée d’une aisance de jeu sensationnelle, elle joua à seize ans sur la guitare de Paganini, lors du concert célébrant, à Gênes, le centième anniversaire de la mort de l’illustre compositeur. Mariés en 1953, Ida et Alexandre abandonnent deux ans plus tard leur carrière de solistes et joueront désormais en duo, trouvant là leur accomplissement artistique. Andrés Segovia est tellement impressionné lors de leur premier concert à New York, qu’il demande à Mario Castelnuovo-Tedesco d’écrire des morceaux pour deux guitares. Ainsi est créé pour eux le concerto opus 201, dont la maîtrise réside dans le dialogue et les jeux d’imitation entre les deux partenaires. Les qualités de haute virtuosité du duo Lagoya-Presti suscitent de plus une réelle inspiration polyphonique chez d’autres compositeurs, tels André Jolivet, Pierre Petit, Federico Moreno Torroba, Joachim Rodriguez.

guitare
Estimation : 8 000/9 000 euros.
Daniel Friederich (1932), guitare faite à Paris
au millésime de 1979, numérotée 491
caisse en palissandre, table en cèdre.

Vichy, samedi 15 décembre. Vichy Enchères SVV. Mme Sinier de Ridder, MM. Sinier de Ridder, Casanova.
Nos remarquables interprètes transcrivent des pièces baroques inédites, notamment espagnoles, oubliées dans les archives et dans les bibliothèques. Ils perfectionnent encore la technique proprement dite et préconisent l’attaque à main droite, pour augmenter tout en l’embellissant la qualité du son. L’innovation la plus fameuse réside toutefois dans les trilles à deux cordes : au lieu de jouer une trille sur une corde, ils la jouent sur deux et font ainsi sonner une note claire, qui se rapproche des trilles des instruments à clavier. Après le décès d’Ida, en 1967 lors d’une tournée aux États-Unis, Alexandre Lagoya reprend son répertoire soliste, l’élargit et transpose des oeuvres de Bach et de Scarlatti. Démocratisant l’instrument, il fonde la classe de guitare au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, où il enseignera jusqu’en 1994. Datant de cette époque, sept de ses guitares personnelles sont aujourd’hui mises en vente. Certifiées, elles appartiennent à la collection de Sylvain Lagoya, le fils du célèbre duo. Riches de nombreux concerts et enregistrements, elles sont proposées dans un excellent état de conservation. De bonne facture, la plupart ont été fabriquées entre 1968 et 1985, dans des ateliers madrilènes. Quant à cette guitare née en 1979 et numérotée 491, elle illustre en outre la grande maîtrise technique et la virtuosité artistique de Daniel Friederich, à la fois luthier et guitariste. Élève du légendaire Robert Bouchet, Friederich travaille avec le laboratoire d’acoustique musicale. Il crée ainsi des “guitares de rêve” qui possèdent une sonorité fantastique, à la fois puissante et très expressive. Parfaites et très recherchées des musiciens, elles sont devenues des oeuvres mythiques. Tirant ainsi un beau coup de chapeau au “gentilhomme de la guitare”, notre instrument devrait mener avec éclat la symphonie des cordes pincées...
Mongin

Guitares d’Alexandre Lagoya

La Gazette Drouot n° 43 - 7 décembre 2012 - Chantal Humbert


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