La Gazette Drouot
Panneau de retable du XVe siècle
De Modène à Paris

Ce panneau qui fit partie d’un retable de l’église Saint Dominique, à Modène, apparaissait à Paris en 1921,
dans une vente publique. Retour sur le devant de la scène des enchères.

Dans une salle palatiale, deux dominicains sont reçus par un prince. Les auréoles permettent d’identifier saint Thomas d’Aquin et Louis IX, canonisé saint Louis. Spirituellement proche des franciscains, ce dernier n’en convie pas moins le dominicain à partager ses repas. Guère enclin à se mêler aux discussions, le philosophe devait pourtant créer l’événement lors d’un dîner, s’exclamant : “Voilà qui fera taire les manichéens !”. Louis IX, loin d’en concevoir ombrage, demanda à l’un de ses secrétaires de prendre en notes les arguments philosophiques de son hôte... Proche des frères mendiants, franciscains et dominicains, le roi avait pris pour chapelain et confesseur Robert de Sorbon, fondateur du collège où enseignait Thomas d’Aquin. Ce panneau a fait partie de l’un des quatre retables peints par les frères Angelo et Bartolomeo degli Erri pour l’église San Domenico de Modène, chacun dédié à une grande figure dominicaine : les saints Dominique, Pierre Martyr, Vincent Ferrier et Thomas d’Aquin. Héritiers du style gothique finissant, les frères Erri ont cependant été en contact avec des artistes de la première Renaissance italienne et notamment influencés par l’art de Piero della Francesca. Vues en 1566 et citées en 1568 par Giorgio Vasari, puis cent ans plus tard par un érudit local, ces oeuvres ont été démontées lors de la destruction de l’église San Domenico de Modène, vers 1710. Les éléments dispersés aboutirent plus tard dans diverses collections particulières, notamment ce panneau d’abord attribué au Maître des Histoires de saint Bernardin, dans la vente de la collection Engel-Gros en 1921. En 1924-1925, l’Américain Bernard Berenson tente un premier regroupement de certaines scènes du retable de saint Thomas d’Aquin et les attribuent au peintre véronais Domenico Morone, connu de 1440 environ à 1517. Il mentionne alors six scènes , cinq aujourd’hui conservées dans des musées et celle-ci. Concernant l’attribution, un autre historien d’art, Roberto Longhi, penchera quant à lui pour Angelo et Bartolomeo degli Erri, peintres documentés à Modène et auteurs du retable du Couronnement de la Vierge destiné à l’oratoire de la Confraternita della Buona Morte de la ville. Deux autres scènes ont été ultérieurement reliées à cet ensemble dédié à saint Thomas. Il s’agit de L’Enfance de saint Thomas, dont un fragment est réapparu à New York, chez Christie’s, en Juin 1979, et de La Mort de saint Thomas d’Aquin (Brno, Morovska Galerie). La présence du blason de la famille d’Este laisse penser que ce retable aurait été commandité par Borso d’Este, duc de Modène depuis 1452, et de Ferrare, où travaillèrent aussi les frères degli Erri. L’Italien Benati privilégie toutefois une commande, vers 1467, émanant de la famille Rangoni, dont les armoiries apparaissent dans le panneau de New Haven et dans la Dispute de San Francisco. Les deux familles étaient liées, Alda Rangoni ayant épousé, en 1289, Aldobrandini d’Este. Une sorte de double pedigree pour un chef-d’oeuvre...

retable

Bartolomeo degli Erri (actif de 1430 à 1479), Saint Thomas d’Aquin à la table du roi saint Louis, peinture
à l’oeuf sur panneau de bois de peuplier, 44,5 x 31,5 cm.

QUAND ?
Vendredi 15 novembre 2013

OÙ ?
Salle 5 - Drouot-Richelieu. Audap & Mirabaud SVV. Cabinet Turquin.

COMBIEN ?
Estimation : 250 000/300 000 euros.

La Gazette Drouot n° 38 - 8 novembre 2013 - Anne Foster


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